CHAPITRE II. — LES SOUVERAINS
poussa de nouveau ses hommes et nous chargea. Emir Huséïn et nos compagnons restant, nous nous dévouâmes à la mort ; et quand les ennemis essayèrent de nous saisir, je me défendis si bien que je renversai plusieurs de leurs champions. A ce moment le cheval d'Emir Huséïn ayant été atteint d'une flèche, le jeta à terre. Sa femme, Dil Chad Agha, descendit immédiatement de son propre cheval et le lui donna. Je remontai Dil Chad Agha sur le même cheval que ma femme, la sœur d'Emir Huséïn. Nous commençâmes alors à tirer nos flèches, dont aucune ne manquait son but, jusqu'à ce que nos carquois fussent vidés. Il ne restait plus de notre troupe que sept personnes montées ; mais nos ennemis étant aussi très réduits en nombre, quittèrent le combat et mirent pied à terre dans la plaine. Notre petit parti saisit l'occasion pour continuer son chemin. Nous fûmes bientôt suivis par nos adversaires ; mais ils nous manquèrent et perdirent leur route dans le désert. Après que nous eûmes marché longtemps dans les vastes plaines, nous arrivâmes à un puits, et ayant très faim et très soif, nous mîmes pied à terre. Heureusement pour nous, l'eau de ce puits était délicieuse. »
Les fugitifs rencontrent alors un berger qui leur donne des chèvres qu'ils rôtissent, et ils passent deux nuits à se reposer et à se réjouir;
mais bientôt ils sont arrêtés par les Turcomans, et Timour est « enfermé dans une étable à vaches où il est gardé avec sa femme, sans autre compagnon que la vermine, pendant 53 jours ». A ce moment « il fait le vœu de ne jamais garder personne, soit innocent soit coupable, pendant longtemps en prison, ni dans les chaînes. » A la fm, ayant toujours foi en sa fortune, il se décide à s'évader de cet horrible heu ou de mettre fm à ses jours. Il saisit l'épée d'une sentinelle, attaque la garde et s'échappe.
Quelques années après, Emir Huséin lui portant ombrage, « il nettoie la région du Touran de ses mauvaises machinations », le fait périr et monte sur le trône de la souveraineté dans la cité de Balkh 771 (1369).
On voit, d'après ces passages, que les conquêtes de Tamerlan ne furent pas toujours faciles. Elles furent l'œuvre du talent, de la volonté, de la ténacité autant que de la fortune. Timour n'eut pas à faire moins de sept campagnes pour réduire les Gètes ; il en fit cinq contre le Chah du Khârezm. La fameuse bataille d'Angora dans laquelle il défit l'armée ottomane et fit prisonnier le sultan Bajazet (1402) avait été préparée par sept années de guerre aux frontières de l'empire turc. Dans cette journée, il rendit lui-même hommage à la valeur de ses ennemis ; voyant la retraite des Serviens qui