CHAPITRE II. — LES SOUVERAINS
formaient l'aile gauche de l'armée ottomane, il s'écria : « Ces pauvres gens se sont battus comme des lions ! »
La science militaire de Tamerlan était grande. Comme organisateur d'armées, il fit des réformes ou des inventions importantes : C'est ainsi qu'il remit à chaque chef de régiment la charge de recruter et d'entretenir ses hommes. Il fit approuver cette règle par une diète (Kouroulta). On lui doit, à lui ou à son fils Mohammed Sultan, l'invention de l'uniforme. Avant la guerre contre les Turcs, ce prince fit défiler devant son père les troupes placées sous ses ordres ; il les avait habillées de couleurs différentes suivant la nature des armes : la cavalerie était rouge, y compris le carquois, la cuirasse et le bouclier ; tel autre régiment était jaune et tel autre blanc. Tamerlan félicita chaudement son fils de cette innovation.
En ce qui concerne l'art des sièges, Timour fit preuve d'une grande ingéniosité et d'un talent consommé : Le siège de Smyrne est extrêmement remarquable. On éleva un rempart tout autour de la ville, et devant ce rempart, des tours pouvant contenir 200 soldats chacune. Ces tours étaient montées sur des roues et pouvaient être approchées des murs de la place pour faciliter l'assaut. Les fortifications furent sapées par dix mille mineurs, puis on incendia
les poutres qui avaient servi à soutenir les galeries de mine. On ferma le port en prolongeant les jetées au moyen d'énormes blocs de pierre ; ce travail fut accompli avec une étonnante célérité. Au milieu même du port, on construisit un môle supporté par de gros pilotis, et les soldats tartares passèrent par cette route artificielle pour se jeter sur la ville. Celle-ci avait été défendue par les chevaliers de Rhodes, avec l'héroïsme bien connu de cet ordre. — Lors de la prise de la citadelle de Damas, les Tartares pratiquèrent des saignées pour faire écouler l'eau des fossés. Ils creusèrent, comme à Smyrne, des mines sous les murailles, et incendièrent les bois de soutènement. — Pendant quelques mois de repos que prit Timour avant la guerre contre les Ottomans, il fit réparer par les troupes un ancien canal de l'Araxe, qu'il nomma canal de Berlas, en l'honneur d'un des chefs les plus éminents de sa tribu.
Tamerlan aimait la chasse : on le représente, avant l'expédition contre les Kiptchaks, chassant les cygnes sur les marais voisins de Boukhara. Il reçut une fois des ambassadeurs de Bayézid dans son camp de Karabagh, et il leur donna le spectacle d'une grande chasse, dans la plaine de l'Araxe. Les animaux furent cernés par les soldats disposés en un vaste cercle sur six hommes de profondeur.