CHAPITRE II, — LES SOUVERAINS
autre passage pour les piétons. Ce pont réunissait deux avenues majestueuses qui conduisaient d'Ispahân à la rive sud du Zendeh Roud, où se trouvaient les villas des princes et des grands.
On cite d'autres ponts bâtis par Shah Abbâs : un beau pont de pierre sur le Hind-Mend, un pont de bateaux sur l'Araxe, dans la partie où ce fleuve, ressortant de collines de sables, coule plus paisiblement. Il construisit aussi des collèges, des hôpitaux, des routes et de nombreux aqueducs.
Originaire du Mazendéran, il voulut faire de cette province la plus florissante de son royaume, et il y attira des étrangers de toutes sortes de rehgions pour la peupler. Il y fit bâtir sur la Caspienne la ville de Ferrahabad, qui passait au commencement du xviiie siècle pour la ville de Perse la plus peuplée et pour une de ses plus fortes places de guerre ; elle est presque inabordable, dit un historien de cette époque, étant garantie d'une part par les montagnes, de l'autre par la mer Caspienne qui est peu navigable.
En 1622, Abbâs s'empara de l'île d'Ormuz, à l'entrée du golfe Persique, qui était en la possession des Portugais depuis 1507. Il avait obtenu pour cette expédition le secours d'une flotte anglaise. La forteresse de l'île fut rasée, et le commerce fut transporté vis-à-vis sur la côte
persane, au port de Bender. Ce port, réparé et fortifié, prit le nom de Bender-Abbâs ; il est peu considérable aujourd'hui. Les Portugais, à Ormuz, monopolisaient le commerce du golfe Persique ; les Anglais avaient espéré leur succéder dans la place ; mais Abbâs, après les avoir expulsés par le secours des Anglais, dortna seulement à ceux-ci une part du butin et des avantages secondaires, et retint pour lui l'île et le principal bénéfice de la conquête faite par ses « avides alliés. •■
L'œuvre de Shah Abbâs pour promouvoir le commerce est très importante. Les Persans avaient alors peu de génie pour le commerce et ne s'y adonnaient pas volontiers. Abbâs s'adressa aux Arméniens, race éminemment douée en ce genre. Il en transplanta un grand nombre, principalement de l'ancienne ville de Djulfa, sur l'Araxe, à Ispahân, où ils formèrent un quartier qui reprit le nom de Djulfa ; il émit des lois en leur faveur, pour les garantir contre les vexations des Mahométans, leur fit bâtir de grands caravansérails pour le dépôt de leurs marchandises, et leur avança de fortes sommes pour les mettre rapidement en train. Les Arméniens prospérèrent bien vite ; du vivant même de Shah Abbâs, ils étaient parvenus non seulement à accaparer tout le commerce de l'Orient, mais même à prendre une large part à celui des