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CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES

en estimant leur labeur, leur conscience et la richesse de leurs informations, on leur a fait deux principaux reproches : la sécheresse et le manque de critique (1). Ces reproches ne s'appliquent pas à eux tous également ; et il est facile de montrer que, dans la mesure où ils sont justifiés, ces auteurs n'en sont pas tout à fait responsables et que d'ailleurs ces défauts ne sont pas sans quelque avantage.

La sécheresse tient surtout à la langue. La phrase arabe est courte, vive, aiguë ; elle se prête mal aux longues périodes, etrappelleassez bien celle de Sénèque en latin ou celle de Voltaire chez nous. Mais si cette phrase n'a pas en général les qualités oratoires et lyriques, elle a celles de finesse et de précision ; et celles-là pour l'historien sont des plus précieuses. L'historien persan ou même turc est volontiers rhéteur ; l'historien arabe ne peut pour ainsi dire pas l'être. Sa langue l'oblige à accumuler les détails par petits coups, ou, si l'on veut, goutte par goutte ou grain par grain. Il peut être légèrement fatigant, étroit, méticuleux ; il ne peut guère être ni vide, ni phraseur. Ce sont là des conditions qui ne sont pas défavorables

1. Par exemple P. Kershasp, Studies in ancient Persian History, London, 1905, p. 17 ; F, Woepcke, Mémoire sur la propagation des chiffres indiens, Paris, 1863, p. 43.

à l'histoire exacte et sincère. Au reste certains historiens ont dans l'esprit un charme ou une largeur qui paraît malgré les tendances contraires de la langue : Mas'oudi, par exemple, rapporte avec beaucoup d'agrément des conversations ou des anecdotes, et Makrîzi retient assez l'attention par des détails pittoresques ou savants, pour qu'on ne songe plus à la sécheresse syntaxique de la phrase.

Quant au reproche de manque de critique, la justesse en est variable aussi selon les écrivains. Il y en a parmi eux qui ont une intention réelle de critique, tel Ibn Miskawéïh ; ils n'y réussissent pas toujours, parce qu'ils ne sont pas assez aidés par l'esprit public, et qu'ils n'ont pas tous les moyens qu'il faudrait pour bien juger, Albîrouni énumère au début de son fameux livre sur l'Inde (1) six causes qui peuvent porter les hommes à mentir. C'est bien là une théorie psychologique de l'erreur. Il est vrai qu'on peut dire que ce savant avait une acuité d'intelligence tout à fait exceptionnelle. En général, cela est exact : les historiens arabes ne font pas ou font peu le métier de critiques : ils ne sont pas juges ; ils sont collecteurs de renseignements. Leur but n'est pas immédiatement de découvrir la vérité ; c'est tout d'abord de

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