CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES
jurisprudence celle de tous les historiens et des tradilionnistes. »
Tabari naquit en 838 ou 839 Ch. à Amol, ville de la province persane du Tabéristan, proche (de la mer Caspienne. Il voyagea dans le Hedjâz, en Syrie et en Egypte, et entendit beaucoup de maîtres ; le biographe Sam'âni en cite une dizaine, qui sont peu connus. A son retour il se fixa à Bagdad comme professeur de droit et de tradition, et il habita cette ville jusqu'à sa mort. Il a composé deux ouvrages fameux : sa Chronique et son Commentaire du Coran. C'était, dit Sam'âni (1), un savant d'une grande autorité, qui réunissait plus de connaissances qu'aucun autre en son siècle. Il savait par cœur le Coran et était versé dans l'art de le lire et de le commenter ; il possédait une science profonde des traditions, classées selon leurs catégories; ses connaissances en histoire n'étaient pas moindres.Son activité littéraire était énorme. On raconte qu'il travailla quarante ans en écrivant pendant tout ce temps quarante folios par jour. Outre ses deux célèbres ouvrages, il composa divers ouvrages sur le droit, dans lesquels il émet en certains cas des idées personnelles. En général il était attaché à l'école
1, The Kitâh al-Ansâh of... Al-Sam'ânî, fac-similé éd. par Margoliouth, Gibb Mémorial, 1912, p. 367.
de Châfi'i, et il eut à souffrir des persécutions des H a nb alites.
Tabari mourut à Bagdad, en 310 ; on l'enterra dans sa maison. Il était, dit le même biographe, très brun, avec les yeux noirs, la taille mince et élancée, et sa parole était fort éloquente.
La Chronique de Tabari est un des principaux monuments de l'histoire arabe ; elle a surtout une valeur incomparable pour l'étude des origines islamiques. On y trouve rassemblées avec le plus grand soin une quantité énorme de traditions, non modifiées ou interprétées, mais simplement placées côte à côte, et précédées des noms de leurs transmetteurs. La date de cette compilation, le caractère de l'auteur, en font un recueil de sources de la plus haute valeur. C'est principalement sur elle qu'ont été fondés les récents travaux d'exégèse de l'islam, que nous n'avons d'ailleurs pas l'intention d'étudier dans ce volume. Cette Chronique va jusqu'à l'an 302 de l'hégire.
M. de Goeje avec un groupe de savants, la plupart hollandais, ont à partir de 1879 publié cette œuvre monumentale (1). A cette même date de 1879, M. Noeldeke en avait extrait les morceaux relatifs à l'histoire des Perses avant
1. Annales auctore Abu Djafar M. h. Djarîr at-Tabarif cum aliis éd. de Goeje, Leyde, 1879 et suiv.