‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 44 sur 192 · CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES

l'islam, c'est-à-dire de la dynastie sassanide ; la traduction de ces passages, richement annotée, forme un volume d'un grand intérêt (1).

On ne peut nier que Tabari ne soit, du moins au premier abord, un écrivain sec. Le souci de réunir ks faits et de les classer chronologiquement, nuit à la passion et laisse peu de place à la synthèse et aux idées générales. L'intérêt dû à l'art ou à la pensée de l'auteur ne vient que rarement s'ajouter à l'intérêt intrinsèque et objectif des faits eux-mêmes. Néanmoins les récits sont d'ordinaire conduits avec habileté, ils contiennent mille détails, souvent colorés, toujours précieux pour la langue, les mœurs, les caractères ; et si l'on veut bien s'habituer à la manière du chroniqueur et pénétrer un peu dans cette histoire complexe du vieil islam, on sent à la fin, de toutes ces menues touches, se dégager beaucoup de mouvement, d'émotion et de vie. D'ailleurs quand la nature des faits le demande ou que l'écrivain a puisé chez un devancier ayant des qualités littéraires, son style est susceptible de s'élargir et de prendre une assez grande beauté. On peut citer en ce genre un passage sur le roi Anochirwân, prince persan et zoroastrien, qui est resté aux yeux des

1. Th. Noeldeke, Geschichte der Perser und Araber zur Zeit der Sasaniden, aus der ar. Chronik des Tabari ubersetzt, Leyden, 1879.

musulmans le type du monarque intelligent et juste. Un éloge analogue se rencontre chez d'autres auteurs et doit remonter à Ibn Mokaffa.

« Les hommes (1) ont généralement reconnu les excellentes qualités de Chosrau (Anochirwân) : sa pénétration, sa science, son intelligence, son courage et sa prudence. Lorsque la couronne eût été placée sur sa tête, les grands et les notables vinrent en sa présence et l'acclamèrent avec ardeur. Dès qu'ils eurent fait silence, il se leva pour leur parler. Il parla d'abord de la grâce que Dieu fait à ses créatures en leur donnant l'être, et exprima la confiance que Dieu les guiderait et leur procurerait leur subsistance. Puis il rappela à ses auditeurs quel malheur avait fondu sur le pays par la prédication de Mazdak, qui avait ruiné leurs affaires, anéanti leur foi et troublé tous les rapports famihaux et économiques. Il promit d'extirper complètement cette secte et demanda aux grands de l'y aider... Il ordonna ensuite que tout enfant dont la naissance était douteuse serait attribué à la famille dans laquelle il vivait,et aurait une part de l'héritage de l'homme auquel on l'attribuerait, si celui-ci voulait bien le reconnaître. Pour toute femme qui avait dû s'abandonner à quelque homme, l'auteur de la

1, Nœldeke, loc. cit., p. 160.

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