‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 46 sur 192 · CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES

et le style. Cette rédaction abrégée eut un assez grand succès ; elle fut traduite en turc et en arabe et elle fit même oublier presque l'ouvrage original que sa longueur rendait difficile à recopier. Dubeux avait commencé à traduire en français l'adaptation de Bel'ami ; M. Zotenberg reprit son travail et put le mener à bonne fin (1). Il est dommage que, sur les quatre volumes dont se compose cette chronique, le premier et une partie du second ne soient guère remplis que de légendes. Mais le reste est d'un grand intérêt historique, et la manière du rédacteur persan étant plus littéraire, plus ornée et plus coulante que celle de l'écrivain arabe, l'ouvrage se lit avec agrément.

Fort différent de Tabari, dont il est le rival de gloire, Mas'oudi n'a pas comme lui l'attention principalement portée sur les traditions de l'islam et sur la jurisprudence. Son tempérament est moins religieux et plus scientifique ; on le sent davantage mû par la curiosité. Esprit mobile et toujours en éveil, intelligence très ouverte,

1. H. Zotenberg, Chronique de... Tabari, traduite sur la version persane d'Ahou Ali Mohammed Bel'ami,^ vol., Paris, 1867-1874. Comme exemple de beaux morceaux dans cette histoire, nous citerons le récit de la mort du Khalife el-Emîn, l'histoire de Bahrâm Gour, etc.

observateur et questionneur, il s'intéresse à beaucoup d'objets : aux religions diverses et à leurs sectes, aux philosophies anciennes, à la sagesse exotique, à la controverse et à la poésie, aux problèmes géographiques, au commerce, à la navigation, à l'histoire naturelle. Sa pensée aime à faire de fréquentes excursions en dehors des hmites de l'islam. Il a causé avec des chrétiens et a vu leurs livres ; il est, parmi les auteurs musulmans, celui qui, avec Albîrouni, connaît le mieux leur littérature. Il est versé dans la philosophie grecque ; il sait quelque chose de l'Inde, moins cependant qu'Albîrouni. Il a des rapports personnels avec des Juifs, des Sabéens, des Karmathes. Son œuvre, composée avec un certain désordre, rédigée d'une façon un peu heurtée et qu'on peut croire hâtive, est une collection de curiosités où figurent tous les systèmes et toutes les sciences de son temps. Elle est d'ailleurs ornée d'anecdotes heureusement choisies qui l'allègent, l'égayent même et en rendent la lecture fort attrayante.

Maçoudi naquit à Bagdad à la fm du iii^ siècle de l'hégire. Emporté par le désir de voir et de connaître, il passa sa jeunesse en voj'^ages. On peut reconstituer à peu près ses étapes par est allusions qui y sont faites au cours de son ouvrage. En 300 il était sur l' Indus et visitait Moultan et la ville d'el-Mansourah. En 304, il

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