‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 47 sur 192 · CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES

poussait plus loin sur les côtes indiennes et séjournait à Cambaye. Il se peut qu'il ait poussé jusqu'à Ceylan. Dans l'intervalle il avait visité le Fars et le Kerman. Les côtes de l'Arabie lui étaient familières ; il dit avoir fait plusieurs fois le voyage entre l'Oman et une île de la mer des Zendjs (la mer à l'Est de l'Afrique) appelée Kanbalou. On a discuté sur l'identification de cette île ; les uns ont voulu y voir Madagascar ; d'autres y ont reconnu Zanzibar. Mas'oudi la situe à 500 parasanges (sorte de lieue) d'Oman. « Ma dernière traversée, dit-il, de l'île de. Kanbalou à l'Oman remonte à l'année 304. J'étais à bord d'un bâtiment appartenant à Ahmed et à *Abd es-Samed, de Sîrâf, et ces deux personnages ont péri ensuite corps et biens dans cette mer... Certes, j'ai navigué sur bien des mers, la mer de Chine, de Roum, des Khazars, de Kolzoum et du Yémen ; j'y ai couru des dangers sans nombre ; mais je n'en connais pas de plus périlleuse que cette mer des Zendjs dont nous venons de parler. » On peut se demander si Mas'oudi n'exagère pas un peu l'ampleur de ses pérégrinations. Il est douteux déjà qu'il ait navigué jusqu'en Chine ; et quant à avoir fait plusieurs fois le voyage de l'Arabie à Madagascar ou même à Zanzibar, avec les moyens dont on disposait alors et étant donné tout ce qu'il fit d'ailleurs, cela est bien invraisemblable.

En tout cas il ne parle pas de ces régions avec la netteté d'un homme qui les aurait vues, et sa connaissance du midi de l'Afrique, d'après d'autres passages, est à peine égale à celle de Ptolémée.

Il visita la Palestine, Tibériade en particulier où il séjourna en 314. L'année suivante, se rendant de Syrie à Bagdad, il trouva le pays troublé par une invasion de Karmathes. Il était arrêté dans la ville de Hît sur l'Euphrate quand ces sectaires l'attaquèrent. Les habitants se défendirent avec vigueur ; ils combattirent les assiégeants du haut des murs et leur brûlèrent plusieurs machines. Les Karmathes levèrent la siège. « Nous vîmes à l'aurore, avant leur départ, dit l'historien, s'élever de leur camp une grande lumière, et nous croyions qu'ils allaient renouveler leur attaque ; mais nous sûmes ensuite qu'ils avaient mis le feu aux bagages, parce qu'ils n'avaient pas assez de chameaux pour le transport des bagages et des femmes. »

Mas'oudi séjourna ensuite à Antioche, puis à Bassorah. Il se trouvait dans cette dernière ville en 332, qui est la date qu'il assigne à la publication des Prairies d'Or. Il passa le reste de sa vie en Syrie ou en Egypte, éloigné, on ne sait trop pourquoi, de l'Irak qu'il aimait : « C'est une peine pour nous, écrit-il, d'avoir été forcé de quitter cette ville (Bagdad) où nous sommes

Page 1