‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 50 sur 192 · CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES

du premier des traits remarquables et dont tous les habitants de ce pays et des pays voisins ont entendu parler. Une fois qu'il avait perdu un de ses cornacs, il resta plusieurs jours sans vouloir prendre aucune nourriture ; il s'abandonnait à sa douleur et poussait des gémissements profonds ; des larmes coulaient de ses yeux. » Et Mas'oudi promet de parler plus loin des éléphants sauvages du Zendj.

Nous avons dit que notre historien aimait à causer avec les philosophes des différentes sectes, de même qu'il causait avec les navigateurs et les marchands. Ainsi il connut, étant au Caire, le célèbre patriarche d'Alexandrie, Eutychius, lui-même historien, dont il avait vu l'ouvrage chez les Chrétiens Melkites ; chez les Ibadites, il avait vu un autre livre d'histoire, le meilleur traité de ce genre, dit-il, qu'aient fait les Chrétiens, et dont l'auteur s'appelait Yakoub, fils de Zakarya. Il avait connu à Bagdad un chrétien jacobite, Abou Zakarya Denkha, et il avait souvent discuté avec lui, sur la Trinité ou sur d'autres dogmes, soit à Bagdad, au quartier d'Oumm Djafar, soit à Tékrit, dans l'église verte. 11 avait ainsi acquis une connaissance assez étendue des croyances des Chrétiens et de leur littérature ; il va, par exemple, jusqu'à mentionner les Constitutions apostoliques de Clément Romain, en faisant observer qu'on

en contestait l'authenticité. Malheureusement il a déjà traité ces questions dans ses ouvrages antérieurs, et ce qu'il dit dans ceux que nous possédons n'est qu'une faible partie de ce qu'il en sait.

Les Juifs ne l'intéressent pas moins que les Chrétiens. En Palestine et dans le pays du Jourdain, il a des conférences nombreuses avec l'un d'eux, Abou Kathîr, touchant l'abrogation des lois, la différence entre la loi et les œuvres, et d'autres sujets. Il en a à Rakkah sur la philosophie et la médecine, avec Ibn Abi Thana, élève du célèbre sabéen Thâbit, fils de Korrah, et avec d'autres encore. Il recherche les savants juifs à Bagdad même ; le plus remarquable à ses yeux était Ibrahim el-Tostari dont il a dit qu' « il avait l'esprit le plus aiguisé et qu'il était le plus versé dans les questions spéculatives,de tous les docteurs de ces derniers temps ».

Lorsque les Karmathes viennent menacer Bagdad, Mas'oudi ne manque pas de s'instruire sur cette secte étrange. Il connaît leurs livres, dont, malheureusement encore, il a parlé dans ses ouvrages perdus ; il sait quels sont leurs principes, leurs fins et leurs procédés d'initiation ; et il critique les nombreux théologiens musulmans qui ont cherché à réfuter les Karmathes, sans songer tout d'abord à étudier leur doctrine.

Page 1