CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES
gouverne bien. Ce qu'Ibn Miskawéïh appelle un bon gouvernement comporte cependant des pratiques d'extorsion et de spoliation pour lesquelles un moraliste aurait pu se montrer plus sévère. Un vieux Kadi, dont le fils avait pris part à quelque révolte, vient trouver Ibn el- Foràt et lui demande en pleurant la vie de son fils. Le vizir en exige cent mille dinars et le retient prisonnier dans la salle du trésor jusqu'à ce qu'il acquitte la somme. Cependant lorsqu'il a versé 90 mille dinars, Ibn el-Forât lui remet les dix mille autres et le renvoie dans sa maison, en lui enjoignant de n'en point sortir.
Au bout de trois ans, la faveur se retourne contre ce vizir. On se saisit de sa personne ; son harem est déshonoré, sa maison pillée ; on emporte ses livres et ses effets. Cette arrestation est suivie d'une longue enquête sur son administration. Insulté,il se défend avec vigueur. On le met à la torture, et enfin, après qu'il a juré qu'il ne lui restait plus d'argent ni d'objets précieux, on lui pardonne.
Pendant ce temps un autre vizir, *Ali fils d''Isa, refond la monnaie, donne des ordres sévères aux gouverneurs et impose au Khahfe des économies. Il supprime divers abus et se crée par là des ennemis. L'argent cependant manquant toujours, les troupes se mutinent pour obtenir l'arriéré de leur paye. 'Ali fils d''Isa
demande à se démettre de sa charge. Le Khalife le prie de la garder ; mais, à la suite d'intrigues, 'Ali est déposé, emprisonné et condamné à l'amende.
Ibn el-Forât revient au pouvoir. De nouvelles amendes aident à remplir le trésor. Le ministre mène une existence fastueuse ; il reçoit magnifiquement des ambassadeurs byzantins ; sa libéralité s'exerce envers les savants et les étudiants. Mais, lorsqu'il a vidé le trésor, il tombe de nouveau en disgrâce (306). Il est jeté en prison. Son successeur est un homme peu capable et un sous-secrétaire d'État prend la direction des affaires. On instruit le procès d'Ibn el-Forât. Il est accusé de s'être approprié les deniers publics; une lettre forgée est invoquée contre lui. Il se défend avec énergie et accuse son successeur d'incompétence. Les mêmes scènes se répètent qu'après la première disgrâce : enquête prolongée, injures, extorsions. Le fils d'Ibn el-Forât est cruellement fouetté, pour le forcer à donner de l'argent. La superstition s'en mêle : Ibn el-Forât, averti par un songe, promet d'offrir une large somme au Khalife.
Le Khalife, regrettant le vizir disgracié, demande à son successeur de lui faire savoir par écrit combien d'argent il compte percevoir des taxes. C'était un essai de budget. Ce vizir propose une certaine somme. Ibn el-Forât affirme