‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 55 sur 192 · CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES

qu'il peut recevoir le double. Le Khalife le nomme vizir pour la troisième fois. Revenu au pouvoir, il commence par confisquer les biens de tous les clients du précédent ministre et la correspondance de ce dernier. Ce ministre s'enfuit sous l'habit d'un religieux ; tombé par trahison entre les mains de la police et amené à Ibn el-Forât, il confesse qu'il doit à l'État une somme de 200 mille dinars. On cherche à savoir par des promesses où il cachait son argent. On croit que c'est à Wâsit. Torturé, ce ministre paie de nouvelles sommes. On vend sa terre à Wâsit ; lui-même est amené dans cette ville ; mais en chemin on l'empoisonne à moitié ; il n'a plus la force de se présenter devant ses juges et meurt au milieu du procès.

Des persécutions analogues ont lieu contre •Ali fils d''Isa et d'autres personnages. Mais la fortune se retourne de nouveau. Les Karmathes ayant attaqué les caravanes de pèlerins, les troubles suscités par leurs invasions ont leur répercussion dans Bagdad, dont la population devient hostile à Ibn el-Forât. Il est déposé ; une troisième enquête est ouverte contre lui. Il se défend en produisant des lettres du Khahfe et est bâtonné. Enfin les chefs de la garde turque le font décapiter.

Un tel récit, présenté avec le détail des enquêtes et des intrigues, fait plus d'honneur à l'historien qu'aux mœurs politiques de ce temps.

Un joli ouvrage consacré aux Khalifes Abbassides et à leurs vizirs est le Fakhri cI'Ibn ET-TiKTAKA (1). C'est un livre qui n'a ni la richesse, ni la profondeur des grands traités historiques dont nous avons parlé, mais qui contient des anecdotes heureusement choisies et dont la lecture est fort agréable. A la suite de ce qui regarde chaque Khahfe sont des articles spéciaux sur ses vizirs. Cette disposition donne au livre un intérêt particulier.

L'auteur écrivait peu de temps après la chute du Khahfat abbasside, sous le règne du sultan mongol Ghazan Khan. Il raconte comment il a été amené à composer son œuvre.

Pendant un hiver très rigoureux (1301), ayant été bloqué à Mosoul par la neige, il employa ses loisirs à travailler dans les bibhothèques ; cette ville en possédait plusieurs, et le prince de Mosoul, Fakhr ed-Dîn 'Isa en avait une fort belle qu'il mit à la disposition de notre auteur. Celui-ci lui dédia le fruit de ses lectures en appelant son livre « le Fakhri ». En ce qui concerne plus spécialement les vizirs, Ibn et-

1. Elfachri, éd. W. Ahlwardt, Gotha, 1860. — Al- Fakhrî... par Ibn at-Tiktakâ, nouvelle éd. Hartwig Derenbourg, Paris, 1895, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes- Etudes.

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