‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 59 sur 192 · CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES

kestan, ordinairement faits prisonniers et en conséquence regardés comme esclaves, selon les coutumes du temps. Outre cela, d'autres individus de cette race tombèrent souvent entre les mains des Musulmans durant les guerres ; on les appela les Mamlouks (esclaves), et on les répartit entre les palais du Khalife et de ses ministres. Les Turcs se distinguaient des autres nations qui avaient été subjuguées par les Musulmans, par la force corporelle, le courage, l'habileté dans le maniement de l'arc, la capacité de parcourir à cheval de longues distances et la fermeté dans le combat. Ils négligeaient l'étude des sciences, particulièrement celle de la philosophie et des sciences naturelles ; si par hasard l'un d'eux s'adonnait à cette sorte d'études, on citait le fait avec étonnement. Ainsi Ibn el-Athîr, parlant des connaissances astronomiques de Kutulmush, observe : « Il « est extraordinaire que ce Kutulmush, étant « turc, ait appris l'astronomie, ainsi que d'au- « très sciences. » — Lorsque les Turcs, par leurs talents militaires, eurent acquis l'ascendant sur le khalifat, ils firent accession à l'islam par groupes nombreux. En 350 H., deux cent mille familles de leur race, comprenant au moins cinq membres, soit plus d'un milUon de personnes, se convertirent à la fois. »

L'influence de la conception religieuse sur

le gouvernement de l'islam, le rapport entre la religion et le despotisme, est étudié aussi avec profondeur. Le respect que gardèrent ces anciens Turcs à l'institution du khalifat et à la personne du Khalife, afin de satisfaire le sentiment populaire, est marqué en des lignes où l'érudition et la pensée se mêlent étroitement : (( Ces Turcs qui avaient acquis le pouvoir complet sur les Khalifes, qui pouvaient à leur gré les déposer et les mettre à mort, ne se risquaient pas à laisser un seul jour vacante la place du khalifat, croyant sans doute que, sans Khalife, ils ne satisferaient jamais le peuple. Ces rois et ces sultans qui avaient pris Bagdad et saisi tout ce qu'elle contenait, aux mains de qui les Khalifes n'étaient qu'un jouet, comme les Bouyides et les Seldjoukides, venaient rendre hommage à ce Khalife qu'ils avaient vaincu, et le traitaient comme un être supérieur. » Ainsi fit le Bouyide 'Adod ed-Dawlah, qui était pourtant un chiite fanatique : après avoir pris Bagdad, « il rendit hommage au Khahfe, le traita avec un grand respect, et lui rendit une partie de sa dignité perdue. Il fit rebâtir et remeubler le palais du Khalife, ainsi que les demeures des personnages au service de la cour». — Mais je veux seulement faire remarquer l'esprit philosophique de l'auteur ; une étude approfondie de la théorie du khalifat ne peut être faite dans ce livre.

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