CHAPITRE III. LES HISTORIENS ARABES
d'une Harachite ; Mamoun, d'une persane. Le Khalife Mountasir avait pour mère une abyssine grecque ; Muhtadi, une grecque ; Musta'în, une slave ; Mustadi, une arménienne ; Muktadir, Muktafi et Nâsir étaient nés d'esclaves turques.
Plusieurs de ces captives, élevées à la dignité de reine-mère, jouèrent un rôle politique important. Khaizouran, la mère de Réchid, fit, croit-on, tuer par ses filles esclaves le Khalife Hâdi en l'étoufïant avec une couverture et s' asseyant dessus. Elle amassa sous le gouvernement de Réchîd d'immenses richesses ; « Ses revenus atteignaient 160 millions de dirhems par an, ou à peu près la moitié de l'impôt territorial pour tout l'empire » ; c'est sans doute exagéré. La mère de Muktadir, appelée es- Sayidah, dirigea en réalité le gouvernement, avec l'aide des affranchis. Il en fut de même de la mère de Musta'în, slave qui exerça le pouvoir avec deux commandants de la garde turque : « L'argent envoyé de toutes les contrées de l'empire passait pour la plus grande partie par les mains de ces trois personnes. »
M. Zaydan étudie aussi le rôle et l'influence relative des diverses races, sous le Khalifat. On a souvent parlé de la rivalité entre Arabes et Persans ; on la retrouve dans toute l'histoire littéraire et religieuse de l'islam ; l'influence des Turcs est un sujet plus obscur et qu'on a
moins fouillé. Notre auteur y consacre quelques bons paragraphes.
Il distingue une première période dans l'histoire du Khalifat abbasside, où domina l'influence persane ; les vizirs persans y jouirent d'une autorité presque despotique. Cette période fut suivie d'une autre dans laquelle les gardes turques devinrent maîtresses absolues de la capitale et du Khalife. Les Persans dominèrent donc par le talent administratif et par le goût des lettres et des arts ; les Turcs, par les services militaires. La période turque commence au Khalifat de Motéwekkil en 232.
L'auteur rappelle alors sommairement les légendes sur l'origine des Turcs, dont l'une est une histoire d'enfants nourris par une louve, analogue à celle de Romulus et de Rémus au début de l'histoire romaine. Après avoir lutté contre les Persans, les Chinois et les Byzantins, les Turcs se trouvèrent étabUs, au moment de la conquête musulmane, dans la Transoxiane. « Les Arabes conquirent Bokhara, Samarcande, Ferghânah et Oshrusnah, ainsi que d'autres portions du Turkestan, à l'époque des Oméyades. Quand les Abbassides eurent le pouvoir, ces villes furent soumises aux Musulmans et payèrent l'impôt territorial et la capitation. Comme partie de la capitation, elles avaient l'habitude d'envoyer des enfants des Nomades du Tur-