CHAPITRE IV. LES HISTORIENS ARABES
khalifes et de ses rois (Livre III). Il s'occupe ensuite spécialement de Cordoue (Livre IV), clccrit ses villas, ses palais, qui n'étaient plus alors que des ruines, évoque la vie brillante et délicieuse que l'on y menait. Les deux livres suivants sont ceux dont nous avons parlé. Le septième traite des qualités morales et intellectuelles des Arabes d'Espagne ; enfin le huitième parle des luttes des Francs contre les Maures, et de l'expulsion des Arabes de la péninsule ibérique. Là se trouve le passage sur la capitulation de Grenade, que nous citons plus loin, avec les clauses de la reddition de la \llle, morceau du plus haut intérêt.
Que, dans le cours de ce vaste ouvrage, l'historien cite et copie beaucoup, cela va de soi. Il cite souvent des historiens ou biographes qui nous sont déjà connus, comme Ibn Khallikân ; mais encore le rassemblement et l'accumulation de tous ces documents peuvent-ils nous être utiles. Il lui arrive aussi de nous conserver des morceaux de grand prix que nous ignorions d'ailleurs. C'est ainsi qu'il a inséré dans son livre VII trois longues épîtres : l'une est d'un savant espagnol, Ibn Sa'îd, une autre d'Ibn Hazm, vizir et docteur, la troisième d'ech-Chekundi, un lettré andalou qui dispute avec un lettré du Maroc au sujet des avantages de leurs patries respectives. L'épître d'Ibn Hazm est
particulièrement belle, fort bien écrite, et énumère les auteurs et les ouvrages arabes espagnols les plus éminents en chaque genre. C'est, comme l'a remarqué Dugat, une sorte de catalogue, une véritable encyclopédie de l'histoire littéraire de cette contrée. L'épître d'Ibn Sa'îd forme un complément et une variante de celle d'Ibn Hazm. De celle d'Ibn Chékundi (1) nous extrayons ce joli passage sur Séville :
« Parmi les avantages de Séville sont un climat tempéré, des bâtiments magnifiques, un aspect brillant au dedans et au dehors, l'aptitude de cette cité au rôle de métropole, au point qu'on disait en proverbe : « Si vous cherchez du lait d'oiseau à Séville,vous en trouverez»; son grand fleuve où la marée remonte sur une étendue de 72 milles, puis se lasse. Les deux rives en sont ornées de fleurs, de jardins, de vignes, variés et continus. C'est une vallée heureuse où l'on trouve tous les plaisirs ; toutes sortes d'instruments de musique, de vins et de boissons y sont permis, et l'on n'y voit point de mal tant que l'ivresse ne conduit pas aux coups et aux querelles. Certains gouverneurs afi'ectant la religion ont désiré changer ces moeurs et ne l'ont pas pu. Ses habitants sont les plus légers des hommes par l'esprit, les plus