‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 9 sur 192 · CHAPITRE PREMIER. LES SOUVERAINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. LES SOUVERAINS

nomiques, fait mesurer un degré terrestre, et établit une nouvelle mesure officielle dite la coudée noire. Il n'y a en somme pas de chapitre dans l'histoire de l'art et de la pensée orientale où le nom de ce monarque ne paraisse et où son influence ne se fasse sentir.

Dans la dernière partie de son règne, Mamoun gouverna par lui-môme et ne donna plus à ses secrétaires le titre de vizir. Il était excellent administrateur, informé de tout ce qui se passait jusque dans les parties les plus éloignées de son empire. Sa nature était portée à la clémence, et cependant sujette à quelques mouvements de colère, dans lesquels il châtiait trop vite ; il avait une religion élevée et il sympathisait avec les tendances libérales des Motazélites. On a de lui de belles paroles où il exprima le sentiment à la fois religieux et philosophique de la soumission au destin ; sa mort fut celle d'un grand prince et d'un sage.

L'Egypte possède des œuvres d'art célèbres dues principalement aux dynasties des Fâ timides et des Mamlouks. Les Fâtimides à leur apogée sont représentés par une personnalité singulière, un prince philosophe et théologien d'une psychologie anormale, le Khalife Hâkem,

fondateur des Druzes, dont nous parlerons en traitant des sectes. La dynastie des Eyoubites qui suivit celle des Fâtimides a au contraire à sa tête un prince sage, orthodoxe, pur héros islamique qui est resté dans la mémoire des peuples comme la plus brillante incarnation de la chevalerie orientale, je veux dire le célèbre Saladin.

Le mérite de ce conquérant a été grand ; les circonstances ne se présentaient pas pour lui très favorables. Il était de médiocre naissance. Son père, simple Kurde, avait quitté les montagnes du Kurdistan pour se mettre au service de petits princes de la Mésopotamie ; il s'appelait Eyoub, d'où la dynastie a pris son nom. Saladin (Salâh ed-Dîn) (1), dont le nom était Yousouf, naquit à Tékrit sur le Tigre, en 532. Il entra dans les armées de l'Atabek Nour ed-Dîn et se signala à la bataille de Bâbeïn contre les Francs. L'armée syrienne, à laquelle il appartenait, commandée par Chirkouh, défit le roi Amaury de Jérusalem, aidé de troupes égyptiennes. Dans une autre campagne, l'armée franque ayant marché sur le Caire, Chirkouh et Saladin

1. V. sur Saladin une notice de Reinaud dans le Journal Asiatique, tome V, et sa vie par Béhâ ed-Dîn dans la Collection des Historiens des Croisades, Paris, ou dans VOriental translation fund : the Life of Saladin, 1137-1193 A. D., Londres, 1897.

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