‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 10 sur 192 · CHAPITRE PREMIER. LES SOUVERAINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. LES SOUVERAINS

vinrent au secours des Égyptiens. Vainqueur^ Chirkouh fit ensuite assassiner le vizir égyptien Châwer et prit sa place ; mais étant mort luimême peu de temps après, il laissa à Saladin le bénéfice de ce succès. Saladin se trouva donc maître de l'Egypte, La situation restait pourtant délicate et complexe : d'une part il avait agi comme lieutenant de Nour ed-Dîn et au nom du Khalife abbasside de Bagdad, le Khafife orthodoxe ; d'autre part il se trouvait vizir du Khalife du Caire, fâtimide et chiite. Il sut de ces données dégager sa propre fortune, avec adresse sinon avec scrupule. Tout d'abord, il demeura d'accord avec Nour ed-Dîn, se montra sunnite fervent, — et peut-être était-il sincère, — s'abstint de boire du vin, affecta une conduite austère. Puis il convint avec Nour ed-Dîn de supprimer le Khalife du Caire. Ce changement fut préparé par des leçons et des prêches dans les écoles supérieures, et l'on habitua la population aux doctrines sunnites. La dynastie fâtimide cessa sans effusion de sang. Le Khalife déchu mourut au moment opportun, ce qui fit accuser Saladin par quelques historiens de l'avoir assassiné. Cette exécution faite, le nouveau maître de l'Egypte se brouilla avec Nour ed-Dîn. Celui-ci, inquiet de l'élévation de son trop puissant lieutenant, allait entrer en Egypte avec une armée, lorsqu'il mourut. Saladin, pro-

fitant de cette circonstance, se posa en défenseur et en vengeur de la religion offensée par quelques succès des Francs, enleva Damas au fils de Nour ed-Dîn et se fit donner par le Khalife de Bagdad le titre de Sultan d'Egypte et de Syrie.

Dès lors toute son activité se porta contre les Francs. Son ardeur était grande : « Vous avez, écrivait-il quelque temps auparavant aux émirs, fait la paix avec les Chrétiens. Cependant les Chrétiens sont nos ennemis communs. Vous avez fait tourner au profit des infidèles l'argent destiné à protéger les vrais croyants. C'est un crime contre Dieu, contre son prophète, contre tous les gens de bien. »

En 579 et 581, Saladin prit Alep et Mosoul. Pendant ce temps, les Chrétiens ayant fait une incursion en Arabie, il se départit de sa modération habituelle et fit massacrer tous ceux qu'on put prendre. « Les infidèles, écrivit-il à cette occasion à son frère qui gouvernait l'Egypte, ont violé l'asile et le berceau de l'islamisme ; ils ont profané notre sanctuaire. Purgeons donc la terre de ces hommes qui la déshonorent ; c'est un devoir sacré pour nous. Purgeons l'air de l'air qu'ils respirent, et qu'ils soient voués à la mort. » On en égorgea un certain nombre dans la vallée de Mina près de La Mecque, au lieu des brebis et des agneaux qu'on a coutume d'y sacrifier chaque année lors du pèlerinage.

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