‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 103 sur 122 · CHAPITRE VIII. - LES PROVERBES ET LES CONTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. - LES PROVERBES ET LES CONTES

pendue à son cou. Il fut le panégyriste des Oméyades et jouit d’une grande faveur auprès de ces princes, en particulier de Yézîd et d’Abd el-Mélik. Djérîr et Farazdaq étaient musulmans. Le premier était le poète de el-Haddjâdj, le terrible général des Oméyades, gouverneur de Syrie. Farazdaq était un Bédouin fort attaché à la famille d’Ali. Il écrivit des satires contre Heddjâdj et les Oméyades, qui l’obligèrent à fuir en Arabie.

Ces trois poètes sont surtout des satiristes, des lanceurs d’invectives. Ils s’attaquent entre eux ou attaquent les ennemis des princes qui les protègent. Leurs injures sont parfois si grossières qu’elles atteignent même les femmes. Djérîr, pour avoir commis un excès de ce genre, fut un jour bâton né par ordre du Khalife et exposé en public sur une place de Médine. Les divans de ces poètes ont été publiés. M. H. Lammens a consacré à Alitai et à ses deux rivaux une étude très fouillée, principalement rédigée d’après le Livre des chansons ( Journal Asiatique , 1894, t. II).

Au ive siècle de l’hégire, nous rencontrons Moténebbi. Il est reconnu comme le dernier des grands poètes par ses contemporains et par les critiques arabes ; et nous ne pouvons sans doute mieux faire que de nous en rapporter à leur jugement. Il avait dans sa jeunesse rêvé de

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fonder une religion et fut pour ce motif emprisonné. Il devint ensuite le poète officiel du sultan hamdanide Saïf ed-Daulah (en 337) ; il vécut auprès de ce prince une dizaine d’années heureuses. Un incident lui ayant retiré son appui, il passa le reste de sa vie à chercher ailleurs une faveur qu’il ne retrouva plus. Des Bédouins l’assaillirent tandis qu’il retournait à Bagdad et le tuèrent, en 354.

Ces quelques noms sont les plus célèbres de la poésie arabe. Ils ne sauraient nous toucher beaucoup. Leurs œuvres sont toujours courtes, (le système prosodique le veut ainsi), sans grand élan ni grande profondeur ; vives dans la satire, mais chargées d’allusions dont le sens nous échappe ; très riches en mots et curieuses pour le philologue, mais à cause de cela fort difficiles à comprendre sans l’aide des commentaires, et presque impossibles à traduire ; ingénieuses et précises dans la description. L’habileté dans l’art du paysage me paraît être le principal mérite de ces poètes. Encore cet art est-il chez eux borné ; ils décrivent un petit nombre d’aspects de la vie du désert : la caravane qui part, le campement abandonné, le sable moucheté par la pluie ou strié par le vent, les nuées, les chameaux, les chevaux. Ils sont observateurs plutôt que coloristes.

Je cite quelques vers d’un des anciens poètes des Mo‘allakah, Nâbigah Dobiâni. Ce me paraît être l’un des meilleurs morceaux, selon notre goût (1) :

« Elle a regardé avec la prunelle d’une jeune gazelle apprivoisée, au teint foncé, aux prunelles noires, parée d’un collier.

Une rangée de perles enfilées orne sa poitrine; l’or y répand ses feux comme un tison allumé.

Son corps, enduit de safran, ressemble à un manteau à raies jaunes ; sa taille est parfaite ; on dirait une branche trop haute qui se courbe...

Elle s’est levée et elle est apparue entre les deux pans d’un voile, comme le Soleil au jour où il brille dans les constellations de Sa‘d ;

Ou comme une perle tirée de sa coquille, qui réjouit le plongeur, et dont la vue le pousse à

remercier Dieu et à se prosterner ;

Ou comme une statue de marbre que l’on a placée sur un piédestal bâti de briques et de terre cuite enduite de chaux.

Sans le vouloir, elle a laissé tomber son voile ; puis elle a cherché à le ressaisir et s’est cachée de nous avec sa main ;

Avec une main teinte, délicate, dont les doigts ressemblent aux tiges du ‘ anam qu’on peut nouer tant elles sont flexibles.

1. Le dîwân de Nâbiga, Dhobyânî, éd. et trad, française Hartwig Derenbourg, Paris, 1869, p. 132.

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Elle t’a exprimé par le regard un désir qu’elle ne pouvait satisfaire, comme le malade quand il interroge le visage des visiteurs.

Ses lèvres, semblables aux deux plumes de devant de la colombe d’Eika, montrent des glaçons attachés à des gencives enduites d’un fard noir.

On dirait la pariétaire au matin, après que la pluie a cessé, lorsque sa tige est déjà sèche en haut et que le bas est encore humide.

Le prince affirme que sa bouche est fraîche, qu’il est doux d’en recevoir un baiser, désirable de s’y abreuver ;

Le prince affirme, et je n’en ai pas goûté, qu’il est doux d’en recevoir un baiser. Si par hasard j’en goûtais, je lui dirais: encore.

Le prince affirme, et je n’en ai pas goûté, qu’elle guérit par une salive parfumée, celui qui est altéré, celui qui souffre de la soif. »

Les Orientaux ont depuis longtemps la réputation d’aimer les proverbes et les sentences. Il y en a dans la Bible ; les Arabes en possèdent un grand nombre et c’est là un chapitre de leur littérature qui leur fait assez d’honneur. Ces proverbes sont de courtes phrases ou quelquefois des vers, soit isolés, soit insérés dans

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