CHAPITRE VIII. - LES PROVERBES ET LES CONTES
des pièces, des contes ou des anecdotes. Au début de la littérature arabe, on trouve beaucoup de vers proverbes, tantôt élogieux, et tantôt satiriques, dans lesquels sont définis les caractères des différentes tribus ; elles s’en renvoyaient de tels de l’une à l’autre, et parfois un vers mordant d’un de leurs poètes avait plus d’effet que les lances ou les flèches. Cependant ce genre de proverbes n’a pas un intérêt bien général, et nous nous contenterons de parler des proverbes moraux qui sont ceux qui nous touchent davantage. Ces derniers, groupés et massés, expriment une philosophie morale bien cohérente, tout à fait analogue à celle des fables et de la plupart des contes, et qui ne semble pas due au hasard. On l’a quelquefois appelée la sagesse des nations. Cette philosophie se présente comme populaire. De quelle manière l’est-elle ? Il paraît certain qu’elle plaît au peuple et qu’il se l’assimile facilement ; mais que le peuple lui-même la produise, et qu’elle soit le résultat spontané de son expérience et de son instinct, c’est ce qui est beaucoup moins évident. Elle peut être d’origine philosophique et savante et avoir été mise d’une façon plus ou moins systématique à la portée des foules. On jugera mieux de la position de cette question quand nous aurons parlé aussi de l’apologue et des contes.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Il a existé des recueils de proverbes dès les premiers siècles de l’hégire ; mais les plus célèbres sont ceux de Zamakhchari et de Meïdâni. Zamakhchari, important philologue (467-538), grammairien, moraliste, commentateur du Coran, a laissé plusieurs collections de proverbes, dont deux ont été étudiées par les orientalistes : Les Colliers d’Or, collection qui a été traduite en allemand et en français (1) ; et Les Pensées jaillissantes (nawâbigh el-Kalim), collection plusieurs fois commentée en arabe et étudiée en Occident par MM. Barbier de Meynard et de Goeje (2). Quelques lignes tirées de ce dernier recueil donneront une idée du style de ces proverbes et de leur philosophie :
« Le sot ne goûte pas plus les douceurs de la sagesse que l’homme enrhumé n’apprécie les parfums de la rose. » Les principales qualités ou dispositions d’âme que recommandent ces sentences sont : La satisfaction de peu : « Lorsque je possède le nécessaire, je ne fais aucun cas des perles et des rubis. » — La méfiance : « La brute bien traitée manifeste sa joie par une ruade ». — La générosité : « Récompense un
1. Les Colliers cTOr, trad. allemande, J. von Hammer Wien, 1835 ; trad. française Barbier de Meynard, Paris,
2. Par Barbier de Meynard dans le Journal Asiatique , 7e série, t. VI ; par de Goeje, dans la Zeitschr. d. Deutschen Morgenland. Gesellschaft, t. XXX.