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CHAPITRE VIII. - LES PROVERBES ET LES CONTES

— Que mon ongle seul gratte mon dos, que mon pied seul entre dans mes affaires. »

La morale qu’expriment les proverbes est assez fixe, disons-nous ; les proverbes eux-mêmes sont susceptibles de changer et de se renouveler, comme aussi ils peuvent se conserver et rester en usage fort longtemps. Un rédacteur du Magasin Pittoresque a naguère recueilli des proverbes usités de nos jours par les Musulmans d’Afrique dans la conversation (1). Il peut y en avoir là qui soient de formation récente; mais le sentiment moral est le même que dans les anciens. La philosophie qu’ils expriment recommande : La modération dans les désirs : « marche avec des sandales jusqu’à ce que Dieu te procure des souliers ; une médiocre aisance avec la paix du cœur vaut mieux que l’opulence avec des soucis. Vis sobrement ; tu seras riche comme un roi. »

— La prudence dans les paroles : « Le mot que tu retiens entre tes lèvres est ton esclave ; celui que tu prononces mal à propos est ton maître ; souvent un mot lâché devient un glaive qui te menace. » — La prudence en général, prudence allant jusqu’à la méfiance : « Agir à propos, c’est le succès ; la prudence, c’est la moitié de la vie ; on dit même que c’est la vie tout en-

1. Recueil de proverbes des Musulmans d'Afrique, Magasin Pittoresque , 1882, p. 118.

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tière ; avant de louer une maison, informe-toi des voisins. »

Beaucoup de ces proverbes sont relatifs à F amitié et au choix des amis ; c’est aussi un sujet favori des auteurs d’apologues : « Avoir trop d’amis, c’est n’en pas avoir ; fréquente le forgeron, tu attraperas de la suie ; fréquente le parfumeur, tu emporteras l’odeur du bouquet ; celui qui suit la chouette, elle le mène à des masures ; l’amitié se voit aux yeux », et l’inverse de cette dernière pensée est aussi rendu avec âpreté : « Le regard d’un ennemi se reconnaît à la joie qu’il exprime quand vous devenez malheureux. »

Dans cette collection, les proverbes relatifs aux femmes sont relativement peu nombreux ; en voici un où l’expression est très poétique et très forte : « Si une femme vous déteste, avec un fil d’araignée, elle dressera devant vous une muraille de fer. » Plusieurs pensées sont méprisantes et sarcastiques : contre les honneurs : « Il n’y a que le fumier qui s’exhausse ; quand un homme arrive aux honneurs, craignez pour sa raison » ; contre l’ingratitude : « Engraisse ton chien, il te dévore » ; contre la superstition : « Dès qu’il entend le tonnerre, il dit son chapelet.»

Les sentiments de nonchalance et de fatalisme si répandus chez les Orientaux sont exprimés par quelques phrases : « Paresse et sommeil

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