‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 11 sur 122 · CHAPITRE PREMIER. - LES SOUVERAINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. - LES SOUVERAINS

de Tâher conservèrent après lui la vice-royauté de l’Est, où ils formèrent une dynastie.

Mamoun retrouva vers la fin de son règne l’activité guerrière de Réchîd. En 217, il se rendit dans l’Égypte toujours troublée et y fit mourir le despote ‘Abdous. En 215 et 218, il conduisit lui-même des expéditions contre les troupes de l’empereur Théophile. Elles furent heureuses ; plusieurs places furent prises et un grand nombre de Grecs se soumirent à la capitation. Le Khalife fit construire sur la frontière une puissante citadelle à Tyana, dont on dit qu’il donna lui-même les plans. Il mourut au retour de sa seconde expédition contre les Grecs.

Ce règne avait été très brillant autant par le luxe que par le mouvement intellectuel. - Masoudi, à propos du mariage du Khalife avec la fille du vizir Hasan fils de Sahl, indique quelques traits qui donnent la mesure de la magnificence de la cour à cette époque : Le vizir distribua à ses invités marquants, c’est-àdire aux membres de la famille impériale, aux généraux, aux secrétaires, des balles de musc dans lesquelles étaient des billets portant des donations : celles-ci consistaient en esclaves, en chevaux, même en fermes. Au peuple, on jeta des pièces d’or et d’argent, des vessies de musc et des œufs d’ambre. Pour payer ces prodigalités, le Khalife abandonna à son vizir le revenu

LES PENSEURS DE L’iSLAM

de deux provinces, le Fars et la Susiane, pendant une année.

Sous ce règne, la philosophie et la dialectique furent à la mode ; les principales écoles entre lesquelles se partage la pensée musulmane ont leur origine à peu près en ce temps. Les Motazélites paraissent. Ils se distinguent aux conférences tenues en présence du Khalife, où ils sont représentés par deux de leurs principaux docteurs : Abou’l-Hodéïl et Ibrâhîm en-Nazzâm. Les Soufis commencent aussi à se montrer. L’un d’eux a une entrevue avec Mamoun à qui il parle avec beaucoup de liberté, et qui le juge inofïensif. Le jurisconsulte fondateur de rite Châfri fleurit sous ce règne ; le premier des grands philosophes de l’école hellénisante, el- Kindi, sous le règne suivant. Mamoun fait rechercher les livres anciens, encourage les traducteurs, il a un bureau de traduction, et c’est grâce à lui que la littérature et la science grecques, soit directement, soit par l’intermédiaire des vieux persans ou des syriens, pénètrent dans l’Islam. La musique orientale a sous Mamoun quelquesuns de ses plus brillants représentants. L’un est un membre de la famille impériale, Ibràhim fils du Khalife Mehdi, qui lui dispute un instant le pouvoir. La géographie surtout et l’astronomie sont l’objet des soins du Khalife : il s’entoure d’astronomes, fait construire des tables astro-

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