‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 10 sur 122 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

nomme Cho‘oubites, furent en faveur. Ce Khalife s’entendit interpeller dans les rues par des Arabes se plaignant d’être négligés : « Emir des croyants, lui disaient-ils, regarde les Syriens arabes du même œil que tu vois les persans du Khorâsan ! » Les Cho‘oubites eurent des places dans les conseils et y attaquèrent ouvertement les Arabes. L’un d’eux Sahl fils de Hâroun fut directeur de la bibliothèque publique. Les savants de ce parti composèrent des ouvrages sur les défauts des Arabes, où ils réfutaient ceux qui les mettaient au-dessus des autres races. Les Arabes eurent des polémistes qui les défendirent, dont le plus célèbre est Ibn Qotéïbah.

Mamoun, devenu Khalife, ne voulut pas d’abord résider à Bagdad. Malgré les instances de Fadl fils de Sahl, qui lui représenta la difficulté d’administrer l’empire et de contenir toutes ses provinces sans résider au centre, il préféra demeurer à Merv. Il continua avec Fadl à s’occuper d’astrologie et de science. « Il imita, dit Masoudi, les mœurs des rois persans sassanides ; passionné pour la lecture des anciens livres, il réussit à les comprendre et à les approfondir. »

Cependant, comme l’avait prévu son ministre, des révoltes très graves éclatèrent dans l’Irâk et à Bagdad même. Mamoun se décida alors à se rendre à Bagdad. Auparavant il se défit de Fadl qui déplaisait aux généraux ; il le fit

assassiner dans son bain. Il y a bien dans le caractère de ce Khalife un peu d’hypocrisie. Car les historiens donnent pour certain que c’est lui qui ordonna le meurtre de Fadl, et cependant, ainsi qu’il le fit pour Emîn, il le pleura, et il fit mettre à mort ses assassins. Réchîd avait de même mis à mort les exécuteurs de Dja‘far. Mamoun fit périr aussi Hartama, son plus grand général après Tâher, qui avait contribué à la prise de Bagdad et réprimé les révoltes en Mésopotamie.

En entrant à Bagdad (204), Mamoun y fut salué par les membres de la famille impériale et par les généraux. Tâher, le plus important de ceux-ci, fut rappelé de Rakkah. Il fut d’abord nommé gouverneur de Bagdad ; puis, déplaisant, dit-on, au Khalife parce qu’il lui rappelait la mort de son frère, il fut envoyé comme vice-roi dans le Khorâsan. Après deux années de gouvernement, on le trouva mort dans son lit. C’était un personnage d’une haute valeur intellectuelle. Il protégeait les savants et les poètes. Une épître qu’il adressa à son fils au moment où celui-ci fut nommé gouverneur de Mésopotamie est considérée comme un modèle de philosophie politique. L’historien Ibn el-Athîr l’a rapportée tout au long dans son ouvrage. Mamoun la lit copier et en distribua des exemplaires aux gouverneurs de son empire. Le fils et les descendants

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