CHAPITRE VIII. - LES PROVERBES ET LES CONTES
parmi les vertus, au silence et à la circonspection. Quatre rois de Chine, de l’Inde, de Perse et de Grèce se trouvant réunis, proposent d’énoncer chacun une maxime : tous les quatre font l’éloge du silence. Quatre sages ont à fournir chacun une sentence : le premier fait l’éloge du silence ; le second donne la maxime grecque : « Connaistoi toi-même. » Le quatrième recommande de chercher la tranquillité de l’esprit dans la soumission au destin. Quatre qualités distinguent l’homme de la bête : la sagesse, la tempérance, la justice et la force ; ce sont les vertus cardinales ; chacune d’elles se subdivise en trois. L’homme vraiment intelligent se distingue par huit qualités ; sur les huit sont : la circonspection, le secret, la modération, la réserve et l’affabilité.
Barzouwéïh raconte le processus de sa vie morale : Je commençai, dit-il, par avoir une forte passion pour la médecine. J’avais à choisir entre quatre choses : la richesse, la réputation, les jouissances terrestres et la préparation à une vie future. Je visitais les malades en songeant à l’au-delà ; et si parfois je me surprenais à jouir du bénéfice ou de l’honneur que j’en retirais, j’étais honteux de ne pas mépriser les choses périssables et de goûter des plaisirs qui doivent nous être sitôt ravis. Sachant notre corps sujet à la corruption, je m’efforçais de
LES PENSEURS DE L’iSLAM
m’élever à la contemplation de la vie de l’audelà. Cependant, j’examinais les diverses religions, pour choisir entre elles celle qui me semblerait la plus efficace. Mais j’en eus si peu de satisfaction, que je décidai de m’en tenir à celle de mes pères. Bientôt mon trouble revint ; je fus assailli par le désir de scruter plus à fond les systèmes. D’autre part, je savais que la vie est courte et je craignais de la perdre dans la recherche et l’indécision ; j’écoutai donc cette voix qui ne manque pas de se faire entendre au dedans de nous, de façon à me tracer une ligne de conduite qui ne fût pas trop en opposition avec aucune religion. — Cette situation d’âme est fort intéressante, et se rapproche singulièrement de celle du pragmatisme moderne. - — Après des oscillations et des moments de doute et de faiblesse, Barzouwéïh s’attache de plus en plus à la religion, qui est pour lui la pratique de la vie contemplative, de la douceur et de la bonté, convaincu qu’elle seule peut, avec la tendresse d’un père pour son enfant, rendre facile le chemin qui conduit à l’autre vie et ouvrir la porte à un bonheur durable.
La vie de Barzouwéïh et la doctrine qui y est exprimée sont d’un caractère mystique plus accentué que le reste de l’ouvrage, et ne laissent pas de rappeler la philosophie d’Ibn Tofaïl ; mais pour le reste, c’est-à-dire pour les