CHAPITRE PREMIER. - LES SOUVERAINS
naît entre lui et les chefs Francs. Il forme un digne pendant aux plus grands héros de la chevalerie chrétienne. Il laissa à ses adversaires cette suprême jouissance de combattre un ennemi que l’on peut estimer.
En général, Saladin fut tolérant et modéré dans le succès. En Égypte, il toléra les Chrétiens Coptes, respecta leurs privilèges et en prit plusieurs à son service. Après la prise de Jérusalem, comme on lui reprochait sa magnanimité envers les Chrétiens, il dit : « Je préfère qu’ils s’en aillent contents. » Il donna à son fils, avant sa mort, ces sages conseils : « Mon fils, je te recommande la crainte de Dieu, source de tout bien. Fais ce que Dieu commande, et tu y trouveras ton bonheur. Aie toujours le sang en horreur, car le sang ne dort jamais. » Saladin était grand observateur des préceptes de la religion ; il était sévère dans l’administration, rendait autant que possible la justice lui-même ou veillait à ce qu’elle fût rendue exactement. Sa libéralité était extrême ; elle s’exercait souvent envers les gens de lettres. Il aimait à les grouper autour de lui, surtout lorsqu’il était à Damas, et à tenir des veillées littéraires. Le jeu d’échecs était un de ses passe-temps favoris. On dit qu’il avait un grand mépris de l’argent ; mais ce mot n’a guère de sens pour un souverain : « Il avait aussi peu d’estime pour l’argent que
LES PENSEURS DE i/lSLAM
pour la poussière, a dit un biographe. Lorsqu’il mourut, son trésor particulier ne contenait que 1 dinar et 47 dirhems. «
La dynastie des Abbassides, après avoir duré cinq siècles, fut renversée par un conquérant que l’imagination des Occidentaux se représente comme très barbare, et qui cependant a des droits légitimes au titre de protecteur des sciences. Houlagou, petit-fils de Djenghîz-Khan, était l’un de ces chefs mongols dont la poussée vers l’Occident au moyen âge épouvanta jusqu’à l’Europe. Il n’était pas musulman ; mais ses successeurs le devinrent, et l’action qu’il a exercée sur les destins de l’Islam explique assez que nous en parlions ici (1).
Le père d’Houlâgou était Touli Khan, fils de Djenghîz Khan ; sa mère était un princesse mongole d’une haute valeur intellectuelle. Quand Touli Khan mourut, au moment où les Mongols faisaient la conquête de la Chine, c’est à elle que fut confiée l’administration de l’armée. Elle avait quatre fils, dont Mongou Khan et
1. Sur Houlagou, V. Raschid el-Dîn, Histoire des Mongols de la Perse , éd. et trad. Quatremère, Paris, 1836 ; Abou’l-Faradj, L'Histoire des Dynasties , en arabe, éd. Salhâni, Beyrouth, 1890.