‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 15 sur 122 · CHAPITRE PREMIER. - LES SOUVERAINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. - LES SOUVERAINS

Saladin à Arsouf. Trop faible pour résister, le héros musulman démantèle les places qui pourraient tomber entre leurs mains. Il détruit ainsi les fortifications d’Ascalon ; la peine qu’il en éprouve est extrême : « J’aime beaucoup mes enfants, dit-il ; mais il m’en coûterait moins de les sacrifier que d’ôter une seule pierre de ces murailles. » Tous ses efforts se concentrent sur la défense de Jérusalem menacée. Il en répare les fortifications ; il fait dévaster les campagnes environnantes et il établit son armée sur les hauteurs voisines. Richard approche. Saladin tient conseil avec les émirs. On le voit en proie à la plus vive agitation ; à peine a-t-il d’abord la force de parler. Il reprend courage cependant, réchauffe le zèle des émirs, les exhorte à ne pas laisser retomber la ville sainte aux mains des infidèles. Les chefs lui promettent leur concours ; mais l’armée murmure et se révolte presque ; elle veut bien tenter la chance d’une dernière bataille, non soutenir un siège pénible et inutile. Saladin gémit de ce manque de foi ; mais le lendemain, alors qu’il n’attendait plus que la défaite, il voit l’armée chrétienne battre en retraite.

Les Chrétiens en effet étaient divisés, et Richard, inquiété par des nouvelles d’Angleterre, songeait à y retourner. On entame des négociations que Saladin fait traîner en longueur, et

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dans lesquelles les deux princes se traitent avec beaucoup de courtoisie. Richard étant tombé malade, Saladin lui envoie des fruits, de la neige et tout ce qui peut aider à le rétablir. Les Musulmans paraissent plus las que les Chrétiens. Saladin, à son grand regret, signe la paix pour trois ans.

Il donne aux Chrétiens le droit de visiter Jérusalem, mais sans armes. Lui-même assiste à leur pèlerinage ; il veille à leur sûreté et reçoit leurs chefs à sa table. Enfin Richard quitte la Palestine. Saladin, fatigué, va se reposer à Damas. On raconte que des ambassadeurs chrétiens, lui demandant audience, le trouvent occupé à jouer avec son plus jeune fils. Cet enfant, effrayé par le costume insolite des Francs, se met à pleurer ; Saladin renvoie alors l’audience à un autre jour. Il passe aussi quelque temps à chasser dans les environs. Mais après ce moment de repos, le héros de l’Islam sent le désir de nouveaux hauts-faits. Il rêve la conquête de l’Asie- Mineure et de la Grande-Arménie, et il se dispose à envahir ces provinces, lorsque la mort le surprend.

Ce prince a été admiré de ses ennemis comme de ses amis. Des auteurs chrétiens, particulièrement des Italiens, l’ont loué ; il combat les armes et la civilisation d’Occident avec une sorte d’équivalence ; l’estime, presque l’amitié,

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