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CHAPITRE II

LES SOUVERAINS

ce sultan reprend son poste. Mahomet adolescent est témoin de la lutte contre Hunyade et Scanderbeg et de la bataille de Kossovo, 1448. Il devient définitivement empereur à la mort de son père, en 1451 ; il est âgé à son avènement de 22 ans. Constantinople est prise deux ans plus tard.

Cette conquête n’est point le fait du hasard ni de la seule faiblesse de Byzance : Le jeune sultan l’a préparée avec soin, au moyen de travaux pénibles et en faisant appel à toute la science de son temps. L’artillerie était alors d’invention récente : il cherche à la développer et à en perfectionner l’usage. Il construit sur la rive européenne du Bosphore un château faisant face à celui qui avait été construit par son aïeul, et il l’arme de nombreux canons. Il fait venir un ingénieur hongrois. Celui-ci fond pour lui une pièce énorme, qui pouvait lancer à une distance de plus d’un mille un boulet de 600 livres. Il fallait, dit-on, 700 hommes pour la servir et deux heures pour la charger ; cette pièce éclata. Le 2 avril 1453, à la tête d’une armée de 300.000 hommes comprenant des soldats de toutes les nations, soutenue par une artillerie formidable et par une flotte de 120 vaisseaux, il commença le siège. Il imagina lui-même, semble-t-il, de faire transporter par terre sur des planches de sapin graissées.

LES PENSEURS DE i/lSLAM

70 bateaux dans la Corne d’Or. Les Génois avec Justiniani étant venus apporter par mer du secours à la place, un boulet de l’artillerie turque coule un de leurs vaisseaux. Après 50 jours de siège, l’artillerie des assiégeants avait abattu quatre tours et ouvert une large brèche à la porte St-Romain. Mahomet en personne dirigea l’assaut après avoir ordonné un jeûne général et des ablutions. Il marchait en tête de l’armée une baguette de fer à la main. En entrant dans le palais de l’empereur, il récita ce distique persan : « L’araignée ourdira sa toile dans le palais impérial, et la chouette fera entendre son chant nocturne sur les tours d’Afrâsiab. » A Sainte-Sophie il commanda le respect du monument, ne voulut pas qu’on arrachât les mosaïques représentant des personnages, mais les fit seulement recouvrir de chaux. Il ne prit pourtant pas soin de la conservation des bibliothèques, dont la plus grande partie fut brûlée.

Mahomet II aimait la peinture. On sait qu’il fit venir d’Italie le vénitien Gentile Bellini qui peignit son portrait. Dans un dessin de cet artiste (1), le sultan est représenté assis à la turque les mains sur les genoux, ayant à ses côtés un

1. Magasin pittoresque , t. II, p. 289. — Thuasne, Gentile Bellini et Sultan Mohammed II ; notes sur le séjour du peintre vénitien à Constantinople (1479-80). Paris, 1888.

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