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CHAPITRE II

LES SOUVERAINS

sabre, un arc et un carquois, la tête coiffée d’un haut bonnet à pointe dont le sommet retombe. Il paraît être d’une forte constitution ; la tête est ronde et énergique, la moustache peu fournie; les yeux, petits et intelligents, sont entourés de rides.

La musique, l’astrologie, la ciselure, l’agriculture, étaient encore parmi les arts aimés de Mahomet. Il connaissait plusieurs langues : l’arabe, le persan, les langues grecque et franque; et il correspondait de sa propre main avec les princes et les hommes éminents des divers pays. Son caractère était inégal, violent et cruel. Quant à la cruauté, ce n’est pas un trait qui lui soit personnel : lorsqu’il arriva devant les murs de Bukharest, après des combats acharnés, il vit dans la campagne 20.000 Musulmans empalés ; il admira, à ce que dit un chroniqueur, le voïvode « qui avait pu faire de si grandes choses ». Le Comte de Temesvar, un général de Mathias Corvin, dansa tenant un cadavre entre ses dents après sa victoire de Kenger- Mesir, et fit élever des pyramides de morts...

Mahomet II n’était pas toujours loyal ; il violait les capitulations. C’est ainsi qu’il fit massacrer la garnison de Croïa après lui avoir promis qu’elle aurait la vie sauve.

Très dur dans la guerre, il était libéral dans l’administration et l’organisation de son empire.

LES PENSEURS DE L’iSLAM

Ses armées et ses bureaux étaient remplis de chrétiens ou de nouveaux convertis. Une grande partie des vizirs et des généraux étaient d’origine chrétienne ; les administrateurs, scribes et collecteurs étaient des Slaves ou des Grecs. Après la prise de Constantinople, il fit nommer un nouveau patriarche. « Sois patriarche, lui dit-il, et que le ciel te protège ; compte sur mon humanité et jouis de tous les privilèges que possédaient tes prédécesseurs. » Le patriarche devint le chef de la nation grecque, qui forma une communauté distincte dans l’empire ; il eut rang de vizir et reçut une garde de janissaires. Les biens des grandes familles grecques furent confisqués et transformés en tîmârs ; les ratas gardèrent les leurs qui ne furent soumis qu’au Kharâdj. Le Sultan usa du même libéralisme à l’égard des Serbes. Un envoyé du Kral de Serbie lui demanda : « Que feras-tu de notre religion si tu es vainqueur ? — A côté de chaque mosquée, répondit-il, s’élèvera une église où les tiens pourront adorer leur Dieu. » Son oeuvre comme législateur et organisateur de l’empire témoigne d’un esprit scolastique un peu méticuleux, et qui n’est pas sans rappeler les habitudes politiques chinoises. Il organise les écoles d’où sortent les professeurs, les théologiens, les juges, les hauts magistrats. On y enseigne la grammaire, la syntaxe, la logique,

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