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CHAPITRE II

LES SOUVERAINS

la domination de la mer. Le Sultan avait su s’attacher d’excellents amiraux : le fameux Barberousse (Khaïr ed-Dîn) dont quelques historiens ont fait un renégat provençal et qui était plus probablement d’origine grecque, le corsaire Dragut, fils d’un paysan chrétien, le croate Pialé. Barberousse fut chargé de la construction et de l’armement de la flotte pour la Méditerranée ; le pacha d’Egypte eut à construire et à équiper 80 vaisseaux qui assurèrent au pavillon ottoman la domination des mers de l’Arabie et de l’Inde. Plusieurs pays durent fournir comme redevances des matériaux pour la marine : Nicomédie, le chêne et le sapin ; la Cavalle, le fer ; Négrepont, le goudron ; les fabriques des Dardanelles fournissaient les toiles. Gallipoli, Salonique, Constantinople eurent des fonderies de canons, des forges pour les ancres et des fabriques de poudre.

Soliman entra, comme diplomate, dans la vie européenne ; il s’allia avec la France contre l’Autriche. Il signa avec François Ier des Capitulations touchant la situation des étrangers dans son empire, où sont observés tous les principes du droit des gens, tels que nous pouvons les comprendre. Les deux souverains s’interdirent réciproquement de faire esclaves leurs prisonniers de guerre. Avec Venise il signa un traité de paix et de commerce, empreint de la

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plus grande sagesse, par lequel il assurait la protection des vaisseaux, des marchandises, des propriétés et de la religion des étrangers dans tous les ports et sur tous les territoires de son empire. Son libéralisme, son esprit de tolérance s’expriment en maintes occasions. Dans une lettre à François Ier qui avait revendiqué l’église du Saint-Sépulcre, il répond en refusant, à cause de la loi musulmane, mais en donnant toute garantie pour la sécurité des chrétiens : « Jouissant d’un repos parfait, dit-il, sous l’aile de ma protection souveraine, il leur est permis d’accomplir les cérémonies et les rites de leur religion ; et maintenant établis en pleine sécurité dans les édifices de leur culte et dans leurs quartiers, il est de toute impossibilité que qui que ce soit les tourmente et les tvrannise dans la moindre des choses. »

Dans la plupart de ses campagnes, Soliman montra un pareil esprit de tolérance. Après avoir vaincu les Bulgares, il leur permet d’emporter leurs « idoles », c’est-à-dire des reliques et des vases sacrés et un portrait miraculeux de la Vierge. Après la prise d’Ofen, il protège la vie, les biens et la religion des habitants contre les soldats ; de même dans la campagne de Perse en 1534, il garantit la vie et les propriétés des vaincus, malgré la décision des muftis qui avaient autorisé le massacre des Chiites et le pillage de leurs biens.

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