‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 27 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES SOUVERAINS

dit : « La noble simplicité du style, l’égotisme franc et sans ornements qui régnent dans tout le cours des Instituts et de l’Histoire de Timour, sont des caractères qui prouvent leur authenticité et en même temps leur ancienneté » ; depuis cette époque le style des historiens persans ou turcs est devenu moins simple et beaucoup plus fleuri. Le premier chapitre des Mémoires, contenant un jugement d’ensemble sur le règne de Timour, exprime des sentiments d’orgueil et de piétisme qui concordent bien avec ce que l’on connaît d’ailleurs du caractère de ce conquérant : « Ayant pris en main, dit-il, les balances de la Justice, je n’ai ni accru ni décru la portion de personne, mais pesé tout également. J’ai administré stricte justice à l’humanité, et j’ai tâché de distinguer entre le vrai et le faux. J’ai obéi aux ordres de Dieu et respecté ses saintes lois, et honoré ceux qu’il a honorés. J’ai fait passer les affaires de la religion avant celles du monde ; j’ai eu compassion de l’humanité et répandu des bienfaits sur tous ; par ces qualités j’ai gagné l’affection des créatures de Dieu. » L’idée de « compassion » de la part de ce conquérant, l’un des plus sanguinaires qui aient passé sur le monde, peut paraître ironique ; les admirateurs de Tamerlan l’ont cependant excusé d’avoir anéanti tant de vies, et fait dans l’islam même tant de victimes, en

LES PENSEURS DE L’iSLAM

considérant qu’il a fait à cette religion plus de bien encore que de mal : « J’ai répandu, ajoute-t-il, la foi de l’islam dans tous mes domaines ; car j’ai compris que l’Église et l’État sont jumeaux, et que toute souveraineté qui n’est pas appuyée sur la religion perd bientôt son autorité. » C’est là la vieille conception monarchique, telle qu’elle a existé aussi en Europe : L’Église et l’État font alliance et se servent l’un de l’autre pour asseoir leur autorité sur les peuples.

Suivent dans les Mémoires des chapitres dont l’authenticité est plus difficile à admettre complètement. Tamerlan y rapporte tous les signes qui lui ont annoncé dans sa jeunesse sa future grandeur. Ce sont des songes, des rencontres, des paroles et des présages divers, dont on a peine à croire qu’il les ait notés et rassemblés lui-même. On sait cependant que la superstition est un trait de caractère commun à beaucoup de souverains et de conquérants orientaux.

Tamerlan raconte alors sa vie année par année, et au fur et à mesure qu’il avance en âge, les événements se précisent et le récit prend un caractère de plus en plus véridique. A l’âge de 16 ans, il reçoit des recommandations de son père qui lui parle avec une grande piété et lui résume l’histoire de sa famille. On se souvient que Tamerlan appartenait à une famille de

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