‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 34 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES SOUVERAINS

dans les jeux, les cavalcades et l’orgie. Les soldats de Bâber descendus de leurs montagnes, après avoir traversé des déserts desséchés sous des vents brûlants, tremblaient devant cette multitude d’ennemis et semblaient près d’être pris de panique. Mais Bâber ne leur laissa point le temps de craindre. Il disposa son armée en appuyant sa droite aux murs de Panipat. Son front fut protégé par une artillerie nombreuse, dissimulée elle-même par des voitures et des fascines. Derrière étaient les mousquetaires. Sur la gauche on construisit un ouvrage de terre recouvert d’abatis d’arbres. Ainsi se passa la journée. La valeur des armements était très inégale dans les deux camps. Les Indiens avaient encore des armes du type médiéval ; les mousquetaires de Bâber avaient des mousquets pourvus de platines à mèches, et son artillerie possédait les meilleurs modèles de l’époque. Les deux partis comptaient de nombreux archers.

Ibrâhîm, ignorant et inexpérimenté, lança à l’assaut des positions mongoles ses bataillons bigarrés. Les canons, mortiers et couleuvrines de Bâber les foudroyèrent, tandis que ses archers, tournant l’aile droite des Hindous, criblèrent de flèches leur arrière-garde et empêchèrent leur fuite. Gênée par son nombre même, l’armée d’Ibrâhîm s’amoncela comme un cahos

LES PENSEURS DE L’iSLAM

devant les positions mongoles. Son chef trouva la mort dans la foule de ses soldats ; cinq mille d’entre eux tombèrent sur son corps. Cette journée donna à Bâber Delhi et Agram ; elle mit fin au pouvoir des Pathans et commença l’empire mongol.

Le même homme qui savait ainsi gagner des batailles parle avec charme et compétence de l’agriculture, de la chasse, de l’industrie, des mines. Il décrit avec complaisance son pays de Ferghânah, qu’il paraît avoir beaucoup aimé. « Au nom du béni, dit-il en commençant son livre, actions de grâces soient rendues à Dieu le Très-Haut pour l’assistance qu’il m’a prêtée, par l’intercession du Prophète très pur, pour que je sois roi dans le pays de Ferghânah, à l’âge de 12 ans, e dimanche 3 Ramadhân de l’an 899. » Andoudjân était alors sa résidence royale. Il fait ainsi l’éloge de cette ville : « Les vivres s’y trouvent en abondance, de même qu’une grande quantité de fruits ; entre ces derniers, les melons et les raisins sont excellents. Les premiers ne sont nulle part d’un si bon goût qu’à Andoudjân... Dans le voisinage de cette ville il y a beaucoup d’oiseaux de proie qu’on dresse à la chasse. Entre autres il y a des aigles si gras que quatre hommes se peuvent rassasier d’un seul... Sur les deux bords de la rivière de Kech, on voit des jardins qui ont

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