CHAPITRE II
LES SOUVERAINS
se brisa. Le sultan abandonna ces bijoux aux gens de sa suite. Tous se précipitèrent pour les ramasser, laissant le Sultan poursuivre son chemin. Un seul page continua à marcher derrière lui, c’était Ayâz. Mahmoud l’aperçut et lui dit : « As-tu rapporté, toi aussi, ta part du butin ? — Non, répond Ayâz, j’ai continué à suivre le roi. » — O toi, conclut le poète, qui aspires à vivre dans le palais du ciel, que les biens de ce monde ne t’en fassent pas négliger le souverain !
La biographie de Mahmoud le Ghaznévide a été écrite en arabe et en style pompeux par ‘Otbi ; son livre est devenu classique chez les Orientaux (1). Le savant Beïhaqui a consacré un important ouvrage, rédigé en persan, au règne du sultan Mas‘oud son fils.
Le fondateur de la fameuse dynastie des grands Mongols dans l’Inde, le sultan Baber, n’était pas seulement un grand capitaine, un conquérant humain, un administrateur expérimenté, c’était aussi ce qu’on appelle un homme charmant. Il a laissé des Mémoires (2) qui sont une des plus jolies choses qu’on ait écrites en
J. The Kitab al-Jamini, engl. transi, by J. Reynolds, London, 1858.
2. Le Bâber-nâmeli ou livre de Bâber. Cet ouvrage a été le sujet de plusieurs travaux.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
ce genre. C’est en turc oriental ; Pavet de Courteille les a appelés les Commentaires de César de l’Orient. Il y fait le récit de ses campagnes et parle des pays qu’il a traversés, en homme qui goûte la nature et qui s’intéresse aux côtés aimables et gracieux de la vie.
Bâber descendait par son père de Djenghîz Khan et de Tamerlan par sa mère. En l’an 899 (1494) il succéda à son père dans le royaume de Ferghânah. Après y avoir régné pendant 5 ans, il en fut chassé par Chaïbek, Khan des Tartares Uzbeks ; il se retira alors à Ghazna. Des troubles ayant eu lieu dans l’Inde, il fut appelé par le gouverneur de Lahore. Il envahit alors le Pendjab, sur lequel il prétendait avoir des droits, cette région faisant partie de la succession de Tamerlan. Il battit une première fois en 1526 une confédération de princes indiens formée par le chef Pathan Sultan Ibrâhîm. Il rencontra une seconde fois les armées hindoues coalisées, placées sous la conduite du même chef, et remporta sur elles une victoire décisive. La description qu’il donne de cette bataille est vive et très colorée. Les nobles de l’Inde qu’il avait à combattre étaient venus couverts d’armures dorées, avec cent éléphants richement caparaçonnés, dont les pavillons formaient comme un Camp du drap d’or. La journée qui précéda le combat fut passée par les Hindous