CHAPITRE II
LES SOUVERAINS
situation, si je retirais ma compassion et mon indulgence de l’un quelconque de ceux qui sont confiés à ma charge. Avec toute la race humaine, avec toutes les créatures de Dieu, je suis en paix. Comment pourrais-je permettre qu’on moleste ou qu’on attaque personne ? »
Djihanguîr dit encore que son père, dans sa jeunesse, était porté aux plaisirs de la bouche ; mais « néanmoins il avait un sentiment si sincère et si humble du pouvoir supérieur de la Providence, que lui, maître d’armées formidables, d’un train énorme d’éléphants de guerre, possesseur de trésors sans précédents et d’un empire dont la grandeur ne fut jamais surpassée, à aucun moment il n’oublia l’Etre éternel qu’il adorait, et ces mots étaient sans cesse sur ses lèvres : partout, toujours, paix avec tous les hommes, et, en toute circonstance, incline secrètement tes yeux et ton cœur vers ton éternel Ami. — Un trait dominant de son caractère était qu’avec toute religion, il était en des termes de concorde parfaite, et il s’associait aux personnes vertueuses et éclairées de toutes classes, quand l’occasion s’en présentait. » Akbar est vraiment un des pères du théosophisme moderne ; on a repris son attitude, son point de vue, jusqu’à ses expressions. Il s’est associé au sentiment des diverses religions tant qu’elles lui semblaient pures et élevées ; mais
LES PENSEURS DE L’iSLAM
il a été sceptique sur les dogmes et il n’a pas craint de juger les formes extérieures, et de condamner ce qu’il y trouvait de barbare ou de grossier : il a blâmé la circoncision et l’impureté des chiens dans l’islam, la Suttee chez les hindous. Il est sans nul doute un des plus grands génies qui ait paru dans l’ordre religieux. Les conceptions qu’il a exprimées dans l’Inde il y a trois siècles sont encore celles qui paraissent les plus neuves aujourd’hui parmi nous.
Akbar a son tombeau à Sikandrah. Il était, selon Djihanguîr, de taille moyenne, avec le teint doré, des yeux et des sourcils très noirs. Il avait le corps « d’un lion », la poitrine large, les bras et les mains allongés. Sa voix était très forte ; ses discours et toutes ses manières étaient empreints d’une élégance très grande et personnelle. Les populations de l’Inde ont gardé sa mémoire. La poésie nationale des Hindous, considérant l’ampleur de son œuvre, son courage, sa magnificence, et la protection qu’il accorda à leur race, l’a immortalisé comme l’un de ses principaux héros.
Postérieur d’environ une génération à Akbar, Shah Abbas ou Abbas-le-Grand, le plus glorieux