CHAPITRE II. - LES SOUVERAINS
monarque de la dynastie des Sofis en Perse, naquit vers le milieu du xvie siècle ; il était fils de Mohammed Khoda Bendeh, le sixième shah de la dynastie des Sofis, mais non famée. Son ambition et ses talents se manifestèrent dès sa jeunesse qui fut troublée ; il se révolta contre son père, et se fit proclamer roi dans la ville de Hérat, du vivant de ses frères aînés dont l’assassinat le délivra. C’est en 1589 qu’il devint réellement le maître de son empire. Des guerres heureuses, des villes fondées, des bâtiments somptueux, une volonté constante de mettre la Perse en rapport avec l’Europe et de la faire participer aux sciences et au commerce de l’Occident, font de son règne un des beaux règnes de l’histoire.
Il transporta sa capitale de Kazwîn à Ispahân, pour être plus à portée de ses provinces voisines de la mer des Indes. Cette ville fut considérablement agrandie et embellie (1) ; elle resta après lui le siège de la dynastie des Sofis et compta sous leur règne environ un million d’habitants. Prise et saccagée en 1722 par les Afghans, elle ne s’est pas depuis relevée de ce désastre. La place centrale, Méïdan-i Shah ,
1. V. par exemple Murray' s Hand-Book, Asia Minor , Transcaucasia , Persia, London, 1895, p. 338 et suiv. — Le Mag. pittoresque , 1838, p. 139, a une bonne notice sur Abbas-le-Grand, avec un portrait.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
place du Shah, était une des plus imposantes places du monde. C’est l’œuvre propre de Shah Abbâs ; elle est entourée de bazars et de mosquées. Au centre, du côté sud, est la Mosquée du shah, Mesdjidi-Shcih , élevée par ce prince en 1612 et 1613; à l’ouest est la Sublime Porte ; au-dessus, la loggia où s’asseyait le shah pour donner audience aux ambassadeurs, ou pour assister aux réjouissances publiques sur la place. De cette loggia, on passait au palais royal, collection de cours, de jardins et de bâtiments, où l’on remarque la Chambre du trône, dite salle des 40 colonnes, construites par Shah Abbâs. Des décorations et des peintures du temps de ce monarque subsistent dans la Chambre du trône et dans une autre salle plus vaste qui y fait suite. A l’ouest de l’enceinte du palais est le jardin nommé du nom célèbre de « Huit Paradis, heslit bihishi », qui contient un pavillon bâti par Shah Soléïman vers 1860. De là une belle avenue s’en va vers le pont de D juif a.
Ce pont situé sur le Zendeh Roud, fleuve d’Ispahân, n’a peut-être pas, dit un guide, d’égal dans le monde. Il fut bâti par Ali Verdi Khân, général de Shah Abbâs, et porte aussi son nom. C’est un pont à galeries ; sa longueur est de 388 mètres. A la partie inférieure est un passage voûté, au milieu une chaussée pavée entre deux galeries latérales, et au sommet un