CHAPITRE II. - LES SOUVERAINS
beaucoup de points pour modèle (1). Il manifesta des tendances libérales et tint à entretenir des relations avec les Occidentaux. Comme Shah Abbâs, il attira des officiers et des ingénieurs européens dans ses armées et il forma des troupes à leur école. En religion, il chercha à maintenir une sorte d’égalité entre les deux grandes sectes musulmanes, Sunnites et Chiites, qui étaient constamment en dispute dans les villes de Perse, et particulièrement à Ispahân. Il défendit aux Chiites les malédictions contre Omar et les représentations tragiques en mémoire de la mode de Hoséïn et d’Ali ; les magistrats reçurent l’ordre de punir sévèrement ceux qui s’injurieraient ou se maltraiteraient pour cause de religion. Shah Abbâs avait été plutôt favorable aux Chiites ; voulant retirer aux Arabes le bénéfice des pèlerinages de La Mecque et de Médine et empêcher l’argent de sortir de Perse, il avait fait construire à Meshhed, sur la tombe d’Ali Riza, le huitième imam, une superbe mosquée ; il y avait été lui-même en pèlerinage et y avait attiré les grands et le peuple.
A l’égard des Chrétiens, Shah Nadir fut très large. Abbâs avait déjà fait bâtir pour les Arméniens une cathédrale dans le quartier de
1. H istoire de Thamas Kouli-Kan , Roi de Perse , Nouv. éd. Paris, 1743 ; anonyme.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Djulfa. Nadîr laissa les Chrétiens libres d’être unis ou non à Rome ; il dispensa les Grégoriens d’embrasser l’islamisme pour avoir accès aux fonctions officielles ; il nomma des princes de Géorgie qui étaient chrétiens. Il permit aux missionnaires de prêcher publiquement leur religion et de baptiser quiconque le désirerait. Il accepta d’eux une Bible traduite en persan, et nomma même des commissaires pour en faire une nouvelle traduction d’après des textes arménien, arabe, grec et latin. Enfin il permit la vente publique du vin, et, s’appuyant sur l’exemple de Shah Abbâs, encouragea la culture de la vigne.