‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 49 sur 122 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

gnements qui parvinrent dans la suite. Nous nous trouvions au Caire ; il y eut une phase vraiment critique et terrible qui dura environ une demi-heure de temps moyen. C’était à midi, le samedi 18 du mois. J’ai visité la plupart des lieux renommés pour la fréquence et l’intensité des tremblements de terre,... mais jamais je n’ai été témoin d’aucun qui fût plus affreux que celui-là, ni qui durât plus longtemps. J’en exprimerais l’effet en le comparant à quelque énorme machine qui frotterait la terre par dessous, qui passerait sous elle en l’agitant et en la secouant et en produisant dans l’air le bruit d’un grand roulement. » Je crois que les personnes qui ont ressenti des tremblements de terre jugeront qu’on ne peut pas en donner une impression plus exacte.

Étant en Palestine, au bord de la mer Morte, Mas'oudi s’informe de toutes les particularités de ce lac singulier et le compare au lac d’Ourmiah. Il décrit l’amertume et l’âcreté de ses eaux, la vertu qu’elles ont de détacher les vêtements sales, leur incapacité de renfermer des êtres vivants et leur grande densité. « Si l’on prend un homme ou une bête solidement liés et qu’on les y jette, on les voit flotter sur l’eau, à cause de leur légèreté par rapport à l’épaisseur et au poids de cette eau. » A ce propos il rappelle l’observation des marins, qu'un même

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vaisseau enfonce plus profondément dans l’eau douce que dans la mer ; et il cite une expérience tirée de la Météorologie d’Aristote, sur un œuf qui, mis dans l’eau douce, enfonce, et qui, si l’on jette du sel dans l’eau, remonte et vient flotter à la surface.

Étant à Oman ou dans l’Inde, il cherche à vérifier une assertion de son devancier le célèbre naturaliste el-Djâhiz. « Djâhiz prétend que la femelle du rhinocéros porte pendant sept ans ; pendant ce temps, le petit sort la tête du ventre de la mère quand il a besoin de paître et l’v rentre ensuite. » Désirant « s’éclairer à ce sujet », notre historien interroge les négociants qui fréquentent le royaume du Rahma où vit le rhinocéros. Tous sont également surpris de sa question : « Ils m’ont affirmé, dit-il, que le rhinocéros porte et met bas exactement comme la vache et le buffle ; et j’ignore d’où el-Djâhiz a puisé ce conte et s’il est le résultat de ses lectures ou de ses informations. »

A Mansourah, il s’intéresse aux éléphants du roi qui possède quatre-vingts de ces animaux pour la guerre. « J’ai vu, dit Mas'oudi, chez ce prince, deux éléphants d’une taille colossale, et qui étaient renommés chez tous les rois du Sind et de l’Inde pour leur force, leur courage et leur intrépidité dans le combat. L’un s’appelait Manfaraklas, l’autre Haïdarah. On raconte

du premier des traits remarquables et dont tous les habitants de ce pays et des pays voisins ont entendu parler. Une fois qu’il avait perdu un de ses cornacs, il resta plusieurs jours sans vouloir prendre aucune nourriture ; il s’abandonnait à sa douleur et poussait des gémissements profonds ; des larmes coulaient de ses yeux. » Et Mas’oudi promet de parler plus loin des éléphants sauvages du Zendj.

Nous avons dit que notre historien aimait à causer avec les philosophes des différentes sectes, de même qu’il causait avec les navigateurs et les marchands. Ainsi il connut, étant au Caire, le célèbre patriarche d’Alexandrie, Eutychius, lui-même historien, dont il avait vu l’ouvrage chez les Chrétiens Melkites ; chez les Ibadites, il avait vu un autre livre d’histoire, le meilleur traité de ce genre, dit-il, qu’aient fait les Chrétiens, et dont l’auteur s’appelait Yakoub, fils de Zakarya. Il avait connu à Bagdad un chrétien jacobite, Abou Zakarya Denkha, et il avait souvent discuté avec lui, sur la Trinité ou sur d’autres dogmes, soit à Bagdad, au quartier d’Oumm Djafar, soit à Tékrit, dans l’église verte. Il avait ainsi acquis une connaissance assez étendue des croyances des Chrétiens et de leur littérature ; il va, par exemple, jusqu’à mentionner les Constitutions apostoliques de Clément Romain, en faisant observer qu’on

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en contestait l’authenticité. Malheureusement il a déjà traité ces questions dans ses ouvrages antérieurs, et ce qu’il dit dans ceux que nous possédons n’est qu’une faible partie de ce qu’il en sait.

Les Juifs ne l’intéressent pas moins que les Chrétiens. En Palestine et dans le pays du Jourdain, il a des conférences nombreuses avec l’un d’eux, Abou Kathîr, touchant l’abrogation des lois, la différence entre la loi et les œuvres, et d’autres sujets. Il en a à Rakkah sur la philosophie et la médecine, avec Ibn Abi Thana, élève du célèbre sabéen Thâbit, fils de Korrah, et avec d’autres encore. Il recherche les savants juifs à Bagdad même ; le plus remarquable à ses yeux était Ibrahim el-Tostari dont il a dit qu’ « il avait l’esprit le plus aiguisé et qu’il était le plus versé dans les questions spéculatives, de tous les docteurs de ces derniers temps ».

Lorsque les Karmathes viennent menacer Bagdad, Mas'oudi ne manque pas de s’instruire sur cette secte étrange. Il connaît leurs livres, dont, malheureusement encore, il a parlé dans ses ouvrages perdus ; il sait quels sont leurs principes, leurs fins et leurs procédés d’initiation ; et il critique les nombreux théologiens musulmans qui ont cherché à réfuter les Karmathes, sans songer tout d’abord à étudier leur doctrine.

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