CHAPITRE III. - LES HISTORIENS ARABES 9S
né et où nous avons grandi. Le sort nous a séparé d’elle et la distance est grande entre elle et nous. Bien loin est notre demeure ; rares sont ceux qui nous visitent. C’est le caractère de ce temps que de tout séparer, la condition de ce siècle que de tout disperser. » Et il ajoute, citant la parole d’un sage : « Dieu fait prospérer le pays par l’amour du foyer ; c’est un signe de droiture d’âme que d’être attaché au lieu de sa naissance, et c’est une marque de noble race que le regret du lieu natal. »
Mas oudi mourut au Caire en 345 ou 346. Malgré ses fréquents déplacements, il avait énormément produit. Les Prairies (T Or, le seul ouvrage que nous possédions de lui avec le Livre de l’Avertissement (1), paraissent être, quoiqu’assez étendues déjà, la rédaction la plus brève d’une vaste œuvre historique qu’il avait auparavant écrite sous deux autres formes : sous la forme la plus longue, cette œuvre était intitulée : « Les histoires du temps, Akhbâr ez-zémân », et dans la rédaction intermédiaire,
1. Les Prairies (T Or, éd. et trad. Barbier de Meynard, les trois premiers volumes en collaboration avec Pavet de Courteille ; le Livre de V Avertissement et de la Révision , trad. B. Carra de Vaux. Ces ouvrages font partie de la Collection d’ouvrages orientaux publiée par la Société Asiatique. Le texte du livre de l’Avertissement a été . édité par M. J. de Goeje, Kitâb et-tanbîh, dans la Biblio theca Geographorum arabicorum, VIII.
elle s’appelait « histoire moyenne ». Malheureusement nous avons perdu les deux rédactions les plus développées, sans doute parce que leur étendue n’a pas permis d’en multiplier les copies.
Le mérite de Mas’oudi a été reconnu dès la fin du xvme siècle. Vers le milieu du xixe, le Comité des Traductions de Londres avait formé le projet de publier une traduction richement annotée des Prairies d’Or, dont se chargeait le docteur Sprenger. Un seul volume parut (1841). La Société Asiatique de Paris reprit le projet pour son compte. Elle fit paraître le texte des Prairies d'Or accompagné d’une traduction française par les soins de MM. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille. Elle y joignit ensuite une traduction du Livre de F Avertissement antérieurement publié par de Goeje.
Nous voudrions faire sentir au moyen de quelques citations la curiosité scientifique de Mas’oudi, et donner la mesure de son talent d’observation et de son esprit critique. Il décrit ainsi un tremblement de terre dont il fut témoin, étant en Égypte : « Au mois de Ramadan de l’an 344, la partie supérieure du phare (d’Alexandrie), sur une hauteur de trente coudées environ, s’écroula dans un tremblement de terre qui fut senti à la même heure dans le pays de Misr et dans beaucoup de localités de la Syrie et du Magreb, comme le montrèrent les rensei-