‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 58 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

soins des Musulmans. Sa femme se plaignant à lui de la détresse où elle se trouvait, il lui donna trois boutiques situées à Emesse, qui lui appartenaient et rapportaient chaque année environ 20 dinars. La princesse ayant dédaigné ce présent, il lui dit : « Je ne possède pas autre chose ; car tout ce qui se trouve entre mes mains, je ne le tiens qu’à titre de trésorier des Musulmans ; je ne leur en ferai point tort, et je ne me plongerai pas pour l’amour de toi dans le feu de l’enfer. »

C’est là assurément un fort beau portrait, fortement caractérisé au moyen de quelques touches justes, sans effort, sans recherche, tirant toute sa force de quelques traits heureusement choisis. Bon psychologue, Ibn el- Athîr sait aussi conduire avec entrain un récit de bataille, comme on le voit dans la page suivante où apparaît le nom fameux de Bohémond. Il s’agit de combats livrés au sujet du château syrien de Hàrem.

«Au mois de Bamadan (juillet-août 1164, 559 H.), Nour ed-Dîn Mahmoud avait conquis sur les Francs le château de Hârem. Voici de quelle manière se fit cette conquête : Aussitôt après que Nour ed-Dîn fut revenu vaincu de la Bokaïah, ainsi que nous l’avons raconté, ses troupes, réparant leurs pertes, se disposèrent à entreprendre de nouveau la guerre sainte et

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à venger leurs échecs. Sur ces entrefaites, une partie des Francs marchèrent vers l’Egypte avec leur roi. Nour ed-Dîn voulut se diriger contre leur pays afin de faire diversion. Dans ce but, il envoya des messagers à son frère Qotb ed-Dîn Maudoud, prince de Mosoul, et à d’autres princes pour leur demander du secours. Qotb ed-Dîn rassembla son armée et se mit promptement en marche... Mais le prince de Hisn Kaîfâ montra peu d’enthousiasme : « Nour ed-Dîn, dit-il, est exténué de jeûnes et de prières ; il se jette, ainsi que ses peuples, dans des périls mortels. » Toutes les personnes de son entourage applaudirent à ses paroles.

Cependant, le lendemain, ce prince ordonna de se préparer à la guerre sainte. Étonnés, ses partisans lui demandèrent à quoi tenait ce brusque changement de résolution : « Nour ed-Dîn, répondit-il, a adopté vis à- vis de moi une politique telle que, si je ne le secours pas, les habitants de mes États cesseront de m’obéir et retireront le pays d’entre mes mains : Nour ed-Dîn a écrit aux hommes pieux, aux dévots et à ceux qui ont renoncé au monde, pour leur faire connaître les maux que les Musulmans ont soufferts de la part des Francs, et le nombre des morts et des captifs. Il implore leurs prières et les engage à exciter les Musulmans à la guerre sainte. Ces gens ont réuni leurs serviteurs et

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