CHAPITRE IV
avait eu la curiosité d’aller assister aux fêtes de Pâques dans une communauté chrétienne des environs ; il avait emmené avec lui ses officiers. Une centaine de Baténiens, profitant de leur absence, surprirent la citadelle et s’y installèrent ; mais ils furent à leur tour surpris, grâce à la présence d’esprit et au courage des femmes qui rappelèrent secrètement leurs maris et les firent rentrer par les fenêtres en les hissant avec des cordes. En 1110, l’émir conclut un traité avec les Francs : Tancrède lui assurait l’intégrité de son territoire, moyennant le paiement annuel d’une contribution de 4.000 pièces d’or.
Quelques années plus tard, nous voyons Ou» sâma se battre lui-même contre les Francs et faire preuve d’une grande valeur. Il prend part à la campagne dans laquelle Roger d’Antioche fut vaincu et tué, et il nous décrit ses émotions :
« Les Francs poussèrent un cri de guerre retentissant. Je dédaignai la mort, en voyant tout ce monde qui y était exposé avec moi. A la tête des Francs s’avancait un cavalier qui avait ôté sa cuirasse pour être plus léger. Je m’élançai sur lui et je l’atteignis en pleine poitrine. Son cadavre fut projeté loin de la selle. Puis je courus à d’autres cavaliers qui s’avançaient en file; ils reculèrent... Je montais un cheval rapide comme l’oiseau ; je les poursuivis,
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frappant dans leurs rangs et me dérobant ensuite à leurs coups. En arrière d’eux se trouvait un cavalier monté sur un cheval noir, haut comme un chameau, et complètement armé. Il m’effrayait ; je craignais qu’il ne brandît sa lance et ne se retournât contre moi, quand je le vis donner de l’éperon à son cheval ; celuici agita la queue, et je compris qu’il était fatigué. Alors, je portai un coup à cet homme ; ma lance le transperça et ressortit par devant d’une coudée ; mais je fus démonté à cause de ma légèreté, de la vitesse de mon cheval et de la force du coup. Ensuite je revins, et je brandis ma lance, heureux de l’avoir tué ; puis je rejoignis mes compagnons que je trouvai sains et saufs. »
En 1127, Ousâma se mit au service de Zenguî, l’atabek de Mosoul, qui avait formé une puissante armée et dirigeait la guerre contre les Francs. Il lui resta attaché une dizaine d’années ; mais il eut alors à s’occuper de la défense de son propre pays, Chaïzar ayant été pris pour objectif par les troupes de l’empereur grec allié des Croisés. La ville subit un siège de vingt-quatre jours, sur lequel notre auteur donne des détails très pittoresques et d’un grand intérêt techn'que.
« Lorsque les Grecs furent venus devant Chaïzar en l’an 532, ils dressèrent contre la ville des machines effrayantes, qu’ils avaient amenées
de leur pays. Elles jetaient des pierres et portaient plus loin que des flèches. Ces pierres pesaient jusqu’à vingt-cinq livres. Une fois même, ils en lancèrent sur la maison d’un de mes amis une qui pesait davantage. La maison fut ruinée de fond en comble par cette seule pierre. Il y avait sur une tour, dans la résidence de l’émir, un support en bois sur lequel était dressé un étendard avec un fer de lance. Une route passait en bas de la tour. Une pierre de la catapulte vint frapper l’arche de bois, la brisa par moitié ; la partie dans laquelle était l’étendard se renversa sens dessus dessous et vint tomber sur le chemin. Un de nos hommes passait alors. Le fer tombant de cette hauteur, encore attaché à !a moitié du support, l’atteignit à la poitrine et le tua.
«Un mamlouk de mon père dit: nous étions assis dans le vestibule du château, équipés et armés. Un vieillard accourut criant : « Les Grecs sont entrés avec nous dans le harem ! » Nous saisîmes nos épées et sortîmes ; et nous vîmes qu’ils étaient entrés par une brèche que les catapultes avaient faite dans la muraille. Nous les frappâmes de nos épées jusqu’à ce qu’ils fussent dehors, et, étant sortis à leur suite, nous les ramenâmes à leurs compagnons. Puis nous revînmes et nous nous dispersâmes. Je restai seul avec le vieillard qui nous avait don-
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né l’alarme. Il se tourna un instant contre la muraille pour satisfaire un besoin ; je m’éloignai un peu. Aussitôt j’entendis du bruit, je me retournai, et je vis que le vieillard avait été frappé par une pierre de la catapulte, qui lui avait détaché la tête et l’avait collée contre la muraille ; la cervelle s’était répandue tout autour. Nous fîmes sur lui la prière et l’enterrâmes à l’endroit, même.
« Une pierre de la catapulte frappa un de nos hommes auquel elle brisa le pied. On le porta en présence de mon oncle qui était assis dans le vestibule du château. « Allez, dit-il, chercher le rebouteur. » Il y avait à Chaïzar un homme habile en ce genre d’opérations. Il vint, et s’assit pour remettre le pied, dans un endroit abrité en dehors de la porte du château. Une seconde pierre vint frapper l’homme qui avait le pied cassé et lui fit voler la tête de dessus le corps. Le rebouteur rentra dans le vestibule. « As-tu déjà fini l’opération ? lui demanda mon oncle. — O mon maître, répondit cet homme, une seconde pierre est venue qui m’a dispensé de l’achever. »
A la suite de ces événements, Ousâma erre quelque temps en Syrie. Il séjourne à Jérusalem où il se lie d’amitié avec des chevaliers Templiers ; puis il s’installe à Damas, où il s’occupe de chasse, de poésie, de musique et un