‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 65 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

coutume est bien déchue : ce privilège est devenu l’apanage de Juifs corrompus qui simulent l’islamisme, mais qui, malgré leur conversion apparente, restent plongés dans la turpitude... La maison de vérification avait été

instituée pour le plus grand bien des sujets et pour vérifier leurs poids et mesures. Le Sultan en tirait encore de l’argent, -et Saladin le mit en wciqj pour l’entretien des murs du Caire. »

Les droits sur les digues, les droits de douane furent modifiés aussi, et Makrîzi promet de parler des nouveaux droits dans le livre qui porte le titre très philosophique de « Causes de la Ruine ».

Nous venons de voir en Makrîzi le folkloriste, le curieux, le savant, l’économiste, l’archéologue. Donnons un exemple où il apparaisse franchement comme historien. Je le prends dans l’histoire des Mamlouks (1). C’est une page où l’auteur montre le sultan Bîbars occupé à conquérir des places fortes. On ne peut qu’admirer la vie, le caractère, l’originalité puissante qu’il donne à la figure de ce sultan. Les détails de ce morceau ont d’ailleurs ce cachet de pittoresque qui distingue tous les écrits de cet éminent auteur :

En 663 (1264), le sultan Mélik-Dzâher-Bîbars

1. Histoire des Sultans Mamlouks de l'Egypte , trad. Quatremère, 2 vol. Paris, 1840-42.

LES PENSEURS DE L’iSLAM

se dirigea vers Kaisariéh ; surprenant les défenseurs qui ne s’attendaient pas à l’attaque, il donna le signal du combat. « Aussitôt, les soldats se jetèrent dans le fossé. Ils prirent les piquets de fer destinés aux chevaux, ainsi que les brides, et s’en servant comme d’échelles, ils montèrent de toutes parts. En même temps, des machines de guerre battaient la place. Les Musulmans, après avoir mis le feu aux portes, pénétrèrent dans la ville. » Les habitants se réfugient dans la citadelle. « Les Francs y avaient transporté des colonnes de granit, qu’ils avaient placées en travers dans le corps du mur, de manière à ce qu’ils n’eussent rien à craindre de la sape, et ne pussent pas tomber lorsqu’ils seraient minés. » Les assauts se succèdent ; « la citadelle est continuellement battue par le jeu des machines, des balistes, et par la grêle des flèches ». Le Sultan suivait du haut d’une église les progrès du siège. « Quelquefois il se mettait en marche, monté sur une de ses balistes que des roues faisaient mouvoir, et s’avançait jusqu’aux murs, afin d’inspecter luimême l’état des mines. Un jour, s’étant armé d’un bouclier, il combattit avec courage, et ne quitta la place qu’au moment où son bouclier fut criblé de flèches. »

Peu après Bîbars commence le siège d’Orsouf. Il fait creuser des mines recouvertes de toits

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