Tome II, p
fertiles en mots piquants, les plus portés à la plaisanterie, tout en ayant horreur de la méchanceté ; ils y sont si habitués que celui qui ne sait pas plaisanter leur paraît lourd et peu aimable. Vous connaissez sur l’éloge de Séville ce mot d’un panégyriste dans une pièce en l’honneur d’el-Mo‘tadid Ibn ‘Abbâd : « Séville est une fiancée ; ‘Abbâd est son époux ; l’Axarafe son diadème, et le fil de son collier est son fleuve. »
« Sa gloire atteint les extrémités de la terre. L’huile des olives qu’elle presse va jusqu’à Alexandrie, et de là parvient à d’autres contrées. Ses bâtiments sont élégants, les habitants y donnent tous leurs soins ; et leur blancheur est telle qu’ils ressemblent à des étoiles dans un ciel d’olivier.
« Je demandai à un voyageur qui connaissait Le Caire et Damas, laquelle de ces trois capitales il préférait. Il répondit après avoir donné la préférence à Séville : « Sa beauté est comme une forêt sans lion, un Nil sans crocodile. » Vous avez entendu parler de la montagne de la Miséricorde, qui se trouve en dehors de la ville, et de la quantité des figuiers Kouti et Cha'ari qu’elle renferme. Ces deux espèces sont unanimement jugées supérieures à toute autre, par ceux qui ont parcouru les diverses contrées. Vous savez aussi combien il y a dans ce pays
LES PENSEURS DE L’iSLAM
d’instruments de musique », et ici l’auteur énumère une douzaine d’instruments, luths, flûtes, tambours, trompettes, sur lesquels une étude particulière et technique serait nécessaire ; « et bien que ces instruments, ajoute-t-il, se rencontrent dans d’autres villes d’Espagne, c’est à Séville qu’on en voit le plus, et on n’en trouve pas dans la « terre de passage » (au Maroc) si ce n’est ceux qui sont importés d’Espagne. On s’y contente des tambourins..., de la dcibdabah des nègres et du hamâki des Berbères.
« Les demeures, les moyens de transport sur terre et sur mer, la cuisine, les légumes verts ou séchés, sont supérieurs de beaucoup à ce qu’on trouve ailleurs. La plupart des maisons ont l’eau courante et les arbres à feuillage épais comme l’oranger, le citronnier, le limonier, le lîm, le jasmin et d’autres. »
Nous reprocherions un défaut à Makkari : il aimait trop les vers. Tel ne paraît pas avoir été l’avis de Dugat, qui loue dans son Introduction, avec une sorte d’enthousiasme, la poésie arabe espagnole. On ne peut pourtant, me semble-t-il, que regretter que de longues pièces de vers, minutieusement précises par la forme peut-être, mais le plus souvent vagues et vides pour le fond, viennent interrompre le mâle et grave récit des faits de l’histoire et presque en tenir lieu. Dans son dernier livre, dont le sujet offre un intérêt
si dramatique et si puissant, celui qui est consacré à la conquête de l’Andalousie par les Francs, Makkari emploie de nombreuses pages à citer des compositions en prose rimée d’un auteur du nom de Lisân ed-Dîn Ibn ul-Khatîb. Cet auteur, qu’il témoigne aimer et estimer beaucoup, et dont il a d’aiîleurs écrit la vie, est aussi un historien de l’Espagne (1) et a été vizir à Grenade. Casiri a cité de nombreux passages de ses œuvres ; mais son style est souvent recherché; et nous préférons la prose précise, simple et un peu sèche des vieux historiens arabes à cet effort continuel du littérateur raffiné, qui cherche la rime, l’assonance, le mot rare, et finit par en oublier la pensée. Soyons pourtant reconnaissants à Makkari des quelques très belles pages historiques qu’il nous a données en cet endroit, et citons le passage sur la prise de Grenade (2).
« Le 12 Djoumâdi second de l’année 896, l’ennemi sortit avec ses campements et vint dans la plaine de Grenade. Il détruisit les récoltes, subjugua le pays, ruina les bourgs, et