‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 71 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nistres et conseillers qui parlèrent en ce sens : « L’ennemi reçoit chaque jour des renforts ; nous, nous n’avons point de secours. Nous avions pensé qu’il s’éloignerait pendant l’hiver ; mais cet espoir a été déçu : il a bâti, il a fondé et est demeuré, et il s’est rapproché de nous ; considérez-vous, vous-mêmes et vos enfants. » On fut d’accord qu’il fallait choisir le moindre mal. On sut alors que des négociations avaient été déjà engagées entre les Chrétiens et les chefs des troupes musulmanes pour livrer la ville, par crainte pour eux-mêmes et pour leurs hommes. Ensuite les chefs préparèrent les requêtes et conditions qu’ils désiraient, et ils ajoutèrent certaines clauses à celles qui avaient été mises à la capitulation de Wâdi Ach, dont celle-ci : que le roi de Roumah conviendrait d’observer fidèlement le pacte lorsque les Musulmans l’auraient rendu maître de l’Alhambra de Grenade, et qu’il jurerait, selon la coutume des Chrétiens, sur les Testaments. Les habitants discutèrent là-dessus, et dirent que lorsque les chefs des armées musulmanes étaient sortis pour négocier, les Chrétiens leur avaient imposé beaucoup d’argent et des trésors. Ensuite on rédigea par écrit les conditions qui furent lues au peuple de Grenade ; il s’y soumit et les accepta. Puis les chefs écrivirent l’investiture au roi de Castille, qui la reçut d’eux.

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Le Sultan de Grenade sortit alors de l’Alhambra ; et le 2 de Rébî’ 1er de l’année 897, les Chrétiens furent maîtres de la forteresse. Ils y entrèrent après s’être assurés d’environ cinq cents des notables de la ville comme otages, par crainte de trahison.

Les conditions étaient au nombre de 67, parmi lesquelles : Assurance aux grands et aux petits pour leur vie, leurs familles et leurs biens ; maintenance des habitants dans leurs maisons, leurs quartiers et leurs propriétés ; leur loi subsisterait telle qu’elle était, et ils ne seraient jugés que selon elle ; les églises resteraient telles qu’elles étaient, et de même les fondations pieuses. Les Chrétiens ne devraient pas entrer dans les maisons des Musulmans, ni faire violence à aucun d’eux. Les Musulmans ne pourraient être administrés que par un Musulman ou par un Juif, de ceux qui les administraient auparavant de la part de leur sultan. On rendrait la liberté à tous les captifs qui se trouvaient à Grenade ; et pour les captifs musulmans qui s’étaient enfuis et étaient rentrés dans la ville, leur maître n’aurait point de recours contre eux, mais le Sultan lui paierait leur rançon. Qui voudrait passer en Afrique le pourrait, et s’il faisait le passage dans un certain laps de temps sur les vaisseaux du Sultan, on ne lui demanderait que le louage ; après ce temps ils

devraient payer la dîme de leur fortune, plus le louage. On ne forcerait pas celui qui aurait embrassé l’islam à redevenir chrétien. Pour les Musulmans qui s’étaient faits Chrétiens, on leur accorderait quelques jours pour se décider ; on les mettrait en présence d’un docteur musulman et d’un docteur chrétien, et s’ils refusaient de revenir à l’islam, il en serait selon leur volonté. Il n’y aurait pas de blâme sur quiconque aurait tué un Chrétien pendant le temps de la guerre, et l’on ne réclamerait pas ce qui aurait été enlevé aux Chrétiens pendant la même période. Les Musulmans ne seraient pas obligés d’être les hôtes des armées chrétiennes, ni à aucun voyage. On n’ajouterait rien aux taxes habituelles et on remettrait aux Musulmans les taxes et amendes récentes. Les Chrétiens ne monteraient pas sur les murailles, n’observeraient pas les maisons des Musulmans et n’entreraient pas dans leurs mosquées. Les Musulmans iraient en sécurité dans les pays chrétiens et ne porteraient pas de marques distinctives comme on en imposait aux Juifs et aux domestiques. On ne troublerait pas les Muezzin, ni la prière, ni le jeûne, et quiconque rirait de la religion musulmane serait châtié. On abandonnerait des taxes un certain nombre d’années. »

Le roi de Roumah approuva ces conditions et apposa sa signature. Les Chrétiens entrèrent

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dans la ville et à l’Alhambra, et firent réparer et renouveler les bâtiments de la forteresse.

Cette capitulation de Grenade est un modèle de modération et de libéralisme, et un des plus beaux documents de l’histoire des conquêtes. On sait comment elle fut suivie, au bout de peu d’années, d’une vague de fanatisme, où ne furent plus respectées ni la foi ni l’œuvre intellectuelle de l’Islam.

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