CHAPITRE VII
Mawerdi. — Le grand sociologue arabe Ibn Khaldoun. — Un érudit philosophe :
Djahiz. — Le ministre persan Nizam el- Moulk. — Abou’l-Fazl, ministre de l’empereur INDIEN AKBAR.
La philosophie politique est un très beau chapitre de l’histoire littéraire de l’Orient. Dans les trois grandes langues musulmanes, arabe, turc et persan, on trouve sur ce sujet des ouvrages d’une haute valeur. Et ces ouvrages mêmes sont très distincts entre eux. Il en est, comme celui de Farabi sur la Cité Modèle , qui sont des adaptations de la philosophie hellénique. D’autres, comme le traité de Mâwerdi, dont nous allons parler, sont une sorte de théorie philosophique du droit coranique. Quel-
ques-uns, comme les célèbres Prolégomènes d’Ibn Khaldoun, sont des œuvres d’historiens profonds et observateurs. D’autres sont dus à des ministres philosophes qui ont tiré leurs théories de la pratique ou qui se sont efforcés de les y faire entrer ; c’est le cas des ouvrages de Nizâm el-Moulk et d’Abou’l-Fazl. On en trouverait encore qui sont dus à des poètes mystiques comme Sa'adi, ou à des moralistes populaires comme le Kalilah et Dimnah ; quelques-uns même sont l’œuvre de citoyens d’esprit perspicace et libre, qui ont réfléchi sur le gouvernement et la destinée de leur pays ; tel celui du Kadi Abou Yousof qui vécut sous Haroun er-Réchîd, ou celui de Qoutchi Bey, auteur du xvne siècle qu’on a appelé le Montesquieu des Turcs. Il serait donc aisé de faire tout un volume sur ce sujet ; nous devrons nous contenter de lui consacrer ces quelques articles.
El-Maverdi est un jurisconsulte de Basrah et de Koufah qui fut grand Kâdi à Ostowâ près de Nîsâbour, puis se fixa à Bagdad. Il mourut en 450 (1058) à l’âge de 86 ans, laissant un volume intitulé les règles du pouvoir, elahkâm es-Sultânie , qui ne fut vraisemblablement publié qu’après lui (1). On trouve dans cet