‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 125 sur 235 · CHAPITRE VII. -- LES KHALIFES OMÉYADES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. -- LES KHALIFES OMÉYADES

être comprise si ce règne était ignoré. Rien n’est plus dramatique que le récit des émeutes et des révoltes qui eurent lieu contre ce khalife, dans les bons historiens tels que Mas‘oudi ou le Tabari persan (1). Il y a là des pages, que l’on peut lire en français et qui sont d’une vie intense et d’un effet poignant. On voudrait seulement que ces récits fussent un peu plus philosophiques ; on aimerait sentir davantage les causes profondes du mécontentement, de l’opposition toujours grandissante, que soulevait chacune des fautes, même légères, presque chacun des actes d’Othman.

Ce khalife pratiqua sans retenue le népotisme ; il était âgé et bien qu’on ne voie pas qu’il ait expressément cherché à fonder une dynastie, il montra pour les siens la tendresse qu’ont certains vieillards. Il appartenait à la famille d’Oméyah, noble et puissante famille de La Mecque. Il donna les places à ses cousins et favorisa en particulier Merwân fils d’el-Hakem. Les agents dans toutes les villes étaient des Oméyades, dit Tabari ; les compagnons du Prophète étaient écartés ; et cependant les Oméyades, qui avaient lutté contre l’Islam à ses

1. Masoudi, Les Prairies à' Or, t. IV 5 Tabari, abrégé persan de Bel'ami, trad. Zotenberg, t. III. — Cf. aussi Ibn MLkawayh, éd. photographique Teano, Gibb Memorial, VII, I, 1909, pp. 465-505.

débuts et qui n’y avaient adhéré que tardivement, n’avaient comme titres ni la foi sincère ni les services rendus, des Compagnons. Quand on reprochait à Othman ce favoritisme, il répondait que les biens de la communauté musulmane devaient profiter aux pauvres, que ses parents étaient pauvres et que c’était un devoir d’aider ses parents. La réponse semble ironique. Les nobles Koréïchites étaient alors très riches et se bâtissaient de grands palais dans les deux villes saintes et dans leurs environs.

Le luxe avait déjà beaucoup augmenté et une haute aristocratie de la fortune s’était formée. On cite parmi les personnages les plus riches de ce temps Zéïd fils de Thâbit le secrétaire, Sa‘d fils d’Abou Wakkâs le conquérant de la Perse, Zobéïr qui fut prétendant au khalifat, ‘Abd er-Rahman qui avait décidé de l’élection d’Othman. Ce khalife lui-même était richissime. Ses terres d’Irâq, dit Mas‘oudi, lui donnaient un rendement de 1000 dinars par jour ; son domaine de Chérat produisait plus encore. Il se fit construire à Médine un hôtel en stuc, en briques et en bois de teck, avec des piliers de marbre ; les portes étaient en bois de teck et de cyprès. Othman acquit dans cette ville, étant déjà propriétaire à La Mecque, des maisons, des jardins et des sources. ‘Abd er-Rahman avait un hôtel d’une vaste étendue ; il tenait au

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