‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 63 sur 235 · CHAPITRE III. — VIE DE MAHOMET · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — VIE DE MAHOMET

tenant à une société plus vaste que le clan et portait en lui une force dont l’action devait fatalement éclater bien au delà des limites du désert. Chacun d’eux était auparavant le chevalier perdu de quelque obscure tribu, l’inutile croyant d’une idole inconnue ; il était maintenant le soldat d’un grand peuple et l’apôtre d’une grande foi. Vraiment ces hommes, à qui Mahomet adressait ses adieux sur les pentes de l’Arafat, avaient reçu de lui d’admirables dons et de sublimes révélations : le don d’une foi plus haute et d’une patrie plus large, la révélation de leur vertu comme croyants et de leur force comme nation. Et lorsque le Prophète leur demandait : « Ai-je accompli toute ma mission ? » il était bien juste qu’ils répondissent : « Oui, tu l’as accomplie ! »

Le Prophète rentra à Médine et employa tous ses efforts à la préparation de la guerre contre l’empire grec. Au moyen des aumônes légales et volontaires, il organisa une armée et il en confia le commandement à un jeune homme de 18 ans, dont le père avait été tué dans un petit combat aux frontières de Syrie. La maladie le saisit tandis qu’il vaquait à ces préparatifs. Se sentant atteint sans espoir de guérir, il accepta la mort avec simplicité. Il demanda à ses femmes la permission de passer le temps de samaladiedansl’ap-

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partement d’Ayéchah ; puis il chargea Abou Bekr de présider la prière à sa place.

Il fut malade plusieurs semaines, pendant lesquelles on tint la foule à l’écart. Un jour, il se rendit à la mosquée voisine de l’appartement d’Ayéchah, où Abou Bekr faisait la prière avec les hommes. Il ordonna à Abou Bekr de rester sur la chaire, et lui-même, pâle, affaibli, le front enveloppé d’un bandeau, il s’assit sur le sol. Il parla : « La mort, dit-il, est une nécessité à laquelle nul ne peut se soustraire ; mais il viendra, après la mort, un jour de jugement et de réparation, dans lequel il n’y aura de faveur pour personne. Que si j’ai commis une injustice envers quelqu’un, il réclame contre moi maintenant, et je lui rendrai justice. Que si je dois quelque chose à quelqu’un, il redemande ce qui lui est dû ; que si j’ai frappé quelqu’un, il me frappe. »

Un homme éleva la voix et dit : « Tu m’as frappé de ton fouet dans telle marche, dans telle expédition ; je veux te rendre un coup pour ce coup. » La foule fut émue de pitié. Mais l’homme prit un fouet et, étant venu tout près du Prophète, il se pencha sur sa poitrine et l’embrassa en fondant en larmes.

Le Prophète ne pouvant plus se tenir assis, rentra dans l’appartement. Sa fièvre ayant ensuite augmenté, il dicta les dispositions que

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