CHAPITRE IÎI. - VIE DE MAHOMET
continuant à lancer sur divers points de l’Arabie des expéditions contre des tribus encore rebelles, il revint vers le Nord et s’avança en personne jusqu’aux confins de la Syrie, afin d’entreprendre la lutte contre les armées grecques. On ne se battit pas cette fois. Mais le Prophète entretint une correspondance avec Héraclius, qui était alors en Syrie. Il redescendit vers Médine, échappa à un attentat et rentra dans sa ville en triomphateur.
Il retourna à La Mecque, un an après la conquête, et y présida lui-même le pèlerinage avec une très grande solennité. Il y amena toute sa maison et 70 chameaux destinés au sacrifice. Il vint de toute l’Arabie une foule énorme pour le voir. Le Prophète égorgea les victimes, accomplit le premier tous les rites du pèlerinage et en précisa les lois. Il parla au peuple sur le mont Arafat. « Les temps sont accomplis, dit-il, après lesquels les planètes et toutes les étoiles sont revenues au point d’où elles ont commencé à se mouvoir au jour de la création », indiquant par là à la fois le terme de sa mission et le début d’une ère nouvelle. Puis il parla de Dieu, il résuma tout son enseignement, il conjura les hommes de rester attachés à la croyance au Dieu unique et à la parole de son Prophète. Il leur recommanda d’être fidèles à la prière et de vivre les uns avec les autres comme des frères.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Et il leur fit ses adieux. Il était arrivé, disait-il, au terme de sa vie, et il ne ferait plus d’autre pèlerinage avec eux. Il disait cela d’une voix très forte, et ceux qui l’entendaient étaient émus. « Mais voici ce que je vous laisse, ajouta-t-il : je vous laisse des versets clairs et positifs, le Coran révélé d’en haut » ; et à la fin, comme s’il cherchait encore en sa mémoire quelque révélation oubliée : « O hommes ! demanda-t-il, ai-je bien accompli toute ma mission ?» Et toute la foule répondit : « Oui, tu l’as accomplie ! »
En effet, l’Islam était alors achevé. Les dogmes avaient été élaborés à La Mecque, les lois et les rites l’avaient été dans les dix années de lutte écoulées depuis l’hégire. L’Arabie était conquise. La ville sainte avait été donnée à l’Islam. La religion du Prophète était descendue de la spéculation dans la pratique ; des milliers d’hommes l’observaient ; la tradition naissante en expliquait les lois. Une union profonde s’était établie entre les membres de la communauté musulmane. Leurs âmes s’étaient élevées. Le sentiment d’une force nouvelle née en eux avait grandi leurs cœurs, fortifié leur foi et suscité dans leurs esprits des ambitions naguère inconnues. Chacun de ces hommes qui autrefois enfermait ses aspirations dans les limites étroites de la vie de clan, et consumait son activité dans le cadre restreint du désert, appartenait main-