Le Mostatraj, trad. G. Rat, 1902, t. II, p
elle se reliait aux sciences de la tradition et du commentaire. L’écriture arabe ne comportant pas en principe la vocalisation, ni les signes de redoublement des consonnes, ni la nasalisation, peut donner lieu dans la lecture à d’assez nombreuses divergences ; il peut y avoir différentes manières de rendre la vie phonétique à ces squelettes de mots. De là des variantes qui ont toutes de l’intérêt au point de vue de la bonne prononciation et de la correction grammaticale, et dont quelques-unes même deviennent importantes pour le sens. Les commentateurs recherchent et étudient ces variantes avec soin.
On a mis en poèmes l’art de lire le Coran, comme on a mis en vers la grammaire. Je possède un manuscrit qui renferme plusieurs pièces sur ce sujet, avec des tables des principaux lecteurs. L’auteur de 2 de ces poèmes est Mohammed ibn-el-Djazari, le Châfbite. Une de ces pièces fait même l’histoire de la lecture du Coran et de ses éditions, en 45 vers. Il est dit là que Zéïd fut aidé dans sa recension par des Koréïchites, parce qu’Othman voulut que le Coran fût écrit « dans la langue des Koréïchites », tel qu’il avait été révélé au Prophète.
Il y eut deux principales écoles pour la lecture du Coran: celle de Médine et celle deBasrah. Abou Djâ'far et Nâfi£ sont les principaux repré-
LES PENSEURS DE L’iSLAM
sentants de celle de Médine ; Abou ‘Omar et Ya‘koub, de celle de Basrah. On parle aussi de l’école de Koufah,à laquelle appartiennent ‘Asim, Hamzah et el-Kisâï. Une table compte 10 principaux lecteurs, qorrâ, suivis de 20 riwât qui ont appris leurs traditions, et de 80 autres à la troisième génération. La première table du manuscrit donne une liste de 22 lecteurs. Chacun de ces lecteurs est désigné par une lettre de l’alphabet, selon l’ordre de Va.bou.djed ; pour désigner ensuite des groupes de lecteurs ayant eu ensemble une même opinion, on se sert des dernières lettres de l’alphabet ou de mots. C’est de cette manière que dans les poèmes on indique les autorités pour chaque variante. Ainsi Nâfi* est ci ; Kâloun est b ; Warach a le djim ; Ibn Kothaïr, le d, etc. Les koufiens ensemble sont désignés par un ih ; tous les lecteurs moins Nâfi‘ par le Khâ ; les koufiens et Ibn Kothaïr par le zâ emphatique ; el-Kisâï, Hamzah et Hafs ensemble par le groupe sehâb formant un mot ; Nâfi* et Ibn‘ Amir par le groupe eam, etc.
Il me paraît assez probable que cet usage a été appliqué à d’anciens lecteurs du Coran, et que ce sont des abréviations de ce genre que nous voyons en tête de quelques sourates, comme alm , yâsin et autres. Seulement ces abréviations ne sont pas les mêmes que celles que nous avons ici. Le sens des plus anciennes
s’est perdu ; la tradition originelle aura été brisée ; les écoles ont dû se reformer ; car nous voyons par exemple que Zéïd fils de Thâbit, le principal recenseur du Coran, ne figure pas dans nos tables parmi les lecteurs, alors qu’il porte ce titre chez les historiens.