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CHAPITRE VI. — LA CONQUÊTE ARABE

règne. La part exacte de mérite qui lui revient dans ces événements est difficile à déterminer. Une sorte d’explosion de talents, militaires et autres, eut lieu dans la race arabe à ce moment. Le grand général de ce règne fut Khâlid fils de Wélîd. On se demande avec étonnement comment les Arabes qui jusqu’alors n’étaient habitués qu’à la guerre de razzias et aux combats entre tribus, se sont trouvés soudain aptes à la grande guerre, capables d’organiser et de mener de larges armées, de conduire des sièges et de manier des machines, et comment s’est formée cette pléiade de généraux éminents, les Khâlid, les Sa‘d, les Amrou et d’autres, que l’on voit sortir pleins de science et de génie, tout d’un coup du désert. Il est probable que les relations des Arabes, surtout des plus distingués d’entre eux, avec les Grecs et les Persans, avaient été plus nombreuses et plus étroites que ne l’indiquent les textes et que nous n’avons coutume d’imaginer. L’art de la balistique, sur lequel on a de beaux traités grecs, était très développé chez les Perses Sassanides. On sait d’après Ammien, chapitre VII, qu’au siège d’Amid par Sapor en 359, les Perses employèrent une grande quantité de machines de toute espèce, notamment des tours blindées de fer et chargées de balistes. Ces tours ayant été brisées par les assiégés, les Perses les remplacèrent par de hautes

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terrasses ou plates-formes. Au siège de Nisibe en 350, Sapor employa également beaucoup de machines ; il détourna le fleuve, le répandit tout autour de la ville, et mit ses machines sur

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des bateaux. — Les Arabes eurent pour maîtres et à leur service des ingénieurs Persans. Il se peut qu’ils aient appris aussi du côté grec, comme l’indique Le Beau : «Les Sarrasins, dit cet historien (1) à propos du siège de Damas en 634, ayant appris des Arabes qui avaient servi dans les troupes de l’Empire, la fabrique et l’usage des machines de guerre, battaient la ville avec violence. » Il est certain que les Arabes, au moment de la mort de Mahomet, se sont trouvés prêts pour la conquête ; et comme ils ne pouvaient se former à l’art militaire en Arabie même, des communications et une période de formation à l’étranger avaient dû précéder.

La tradition musulmane a vu surtout dans Abou Bekr le fidèle second de Mahomet. Elle le lui donne pour compagnon à l’hégire ; elle nous le montre combattant à Bedr avec courage, et plus tard présidant la prière à la place du Prophète. Elle lui décerne les surnoms de siddîk , juste, véridique, sincère, et de catîk, à cause, dit Mas'oudi, de la noblesse de sa mère. Pour la tradition, Abou Bekr est une nature

1. Le Beau, Histoire du Bas-Empire, t. XII, Paris, 1768, p. 370.

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