‹ Les perce-neige [microforme]Chapitre 24 sur 49 · ER NE · texte numérisé non relu

ER NE

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Vous pensez quelquefois, sans doute, En cheminant dans les clartés, Qu'un malheureux poursuit sa route Dans la nuit noire, à vos côtés.

Pour lui, sans cesse un sombre voile Sur la nature est étendu :

Son horizon est sans étoile,

Son soleil, à jamais perdu.

De quelque côté qu’il s’avance, L'ombre impénétrable le suit ; Autour de lui, sépulcre immense, La nuit sans fin, toujours la nuit!

Et, dans sa zone sans lumière, Vivant comme sous un linceul,

Il est constamment solitaire Sans pouvoir jamais être seul,

Comme vous, j'ai ve la nature

Et j'ai joui de ses beautés ;

J'ai vu l’élatante parure

Du ciel, et ses douces elartés.

Je travaillais comme les autres, Content, sans refuser mon tour;

Et mes deux bras, comme les vôtres, Gagnaient le pain de chaque jour.

Et le soir, assis sur la porte

Avec ma femme, je voyais

Mes enfants, joyeuse cohorte, S’amuser, et puis je disais,

En voyant au ciel un nuage :

—Demain, nous aurons mauvais temps.

—Un compagnon, après l'ouvrage, S'arrêtait, nous causions, contents,

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Toujours assez de pin en huche, Les enfants n’allaient pas pieds nus ; L'hiver, dans le poële, une bûche ; Les pauvres étaient bienvenus.

Hélas! ce temps a passé vite !

Mes yeux sont partis: après eux,

Le malheur est venu de suite,

Avec son cortège hideux.

La misère assise à la porte, La nudité, le froid, la faim Et ses déchirements ; en sorte Qu'il m'a fallu tendre la main.

Ces bras si forts à leur ouvrage, Jadis jamais ne se lassant, Savez-vous qu'il faut du courage Pour les tendre vers le passant !

Croyez, ce n’est pas la paresse ;

Si seulement je pouvais voir ! ....

Mais, en attendant, la faim presse, Il leur faut du pain pour ce soir !

—Donnez; et que la Providence, Pour ce service à moi rendu,

Vous remotte, en sa bienfaisance, Tout le bonheur que j'ai perdu.

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