LIN
Bientôt, on les vit à l’église, Agenouillés devant l'autel :
Elle jurait d’être soumise,
Lui, de garder la foi promise Sous le regard de l'Eternel.
Et puis la vie à deux commencé Dans l’extase des premiers jours ; Bercés d’üne même espérance, Chacun d’eux à la confiance D'un bonheur qui dure toujours.
Le temps court, la famille pousse, La maison de rires s’emplit ; Elle, toujours vaillante et douce, Conduit gaîment et sans secousse Ce groupe frais qui l’embellit.
Tête brune ou bien blonde tête, Cheveux bouclés ou cheveux droits, À chaque arrivant on fait fête,
Et la maison est toujours prête
A rélargir ses murs étroits.
LR +
Et, sans en avoir conscience, LL - On vit, au jour le jour, sans voir
Que, si le temps marche en silence, —De peur d’effrayer,—il avance Et que, bientôt, il sera soir.
Et les ans se suivent et passent, Les feuilles tombent bien des fois :
Les sourires d'enfant s'effacent
Et les voix profondes remplacent Les gazouillements d'autrefois,
La famille est nombreusé et forte Et grande: Dieu les a bénis,
Si bien que, maintenant, la porte
Va s'ouvrir pour que l'aîné sorte,
Les laissant presque désunis,
Alors les deux vieux se regardent,
D'abord, inquiets et tremblants ;
Puis davantage se hasardent :
Ils s'aperçoivent qu'ils s'attardent
Et que leurs cheveux sont tout blancs.
| Leur cœur bat, leur bouche soupire :
— Hélas ! que nous avons vielli Sans qu’on ait osé nous le dire!
—Muis, elle, a repris son sourire Bien vite, et dit, l’air recueilli:
‘Qu'importe donc si le temps passe Emportant les espoirs déçus,
Puisqu’il nous laisse à notre place Viellir sans avoir l'âme lasse
Et sans nous en être aperçus |
“Tes cheveux blancs sont beaux quand même, Et, d’ailleurs, vois aussi les miens
Qui me font un blanc diadème :
Qu'importe-t-il donc si je t'aime
Et si toujours tu te souviens !”
Et lui: —‘“ Femme tu me rappelle
A la raison: vivons encor;
Car, moi, je te trouve aussi belle
Que quand ton bonnet de dentelle
Se rompait sous tes tresses d'or, ”? :
De larmes pleines de douceur,
Alors, leurs regards se voilèrent
tremblantes se cherchèrent
Et;puis, leurs lèvres se touchèrent
Leurs mains Dans un baiser monté du r ur,