LE PORTEUR DE JOURNAUX
Je ne suis pas un personnage Avec un brillant équipage
Et des laquais tout galonnés ; Quand j'arrive, les gens d’en face Ne s’élancent pas de leur place Pour coller aux vitres leur nez.
On ne voit pas, à ma venue,
Les gens s’attrouper dans la vue :
Et se dire tout bas mon nom ; Personne, autour de ma voiture, Ne vient épeler, je vous jure,
Un indéchiffrable blazon.
Je suis un bon petit bonhorame, Trottinant son chemin tout comme Le plus humble des serviteurs.
Tous les petits chiens me connaissent, Et les plus gros même me laisseni Passer, presque comme un des leurs,
Mon nom! Vous l'ignorez peut-être ?
—Ï1l est très facile à connaître Et n’est pas dur à prononcer ; Disons que je m'appelle Pierre :
Le nom ne fait rien à l'affaire, Quand on entre sans s’annoncer,
ds TOUS
Nous vivons dans un siècle étrange Où tout se culbute et se change ; Où le gros million d'hier,
Demain marchera dans la boue, Pendant qu'au sommet de la rouc Son laquais trône et fait le fier.
C'est une grande comédie a Où la voix la plus applaudie En vient bientôt à nous lasser ; se
Se me SRE ETC
Ÿ ; i , il sent, Le trone d'un instant se perche, fl ÿ | L'acteur retombe sur la planche .…. 16
î 4 11 RP AR On l’a déjà fait remplacer. sil | {1
tre ? Chacun y fait son petit rôle,
L'un obéit, l’autre contrôle, Puis, vient une puissante main ; C’est la main de la Providence; Elle agite un peu la balance,
Et …..tout sera changé demain!
Ainsi, lorsqu'après un naufrage, Tous les passagers, à la nage, Battent les profondeurs de l’eau, Dans leur lutte avec la tempête, La plus illustre et l’humble tête Se trouvent au même niveau.
Sur'un même morceau de planche,
La main noire avec la maïn blanche Terte un effort désespéré ; Et, si mon épaule est plus forte,
Il se peut que je vous supporte Jusqu'au rivage désiré.
C'est pour cela que, sur la terre, Il faut savoir partout se faire, Dans la classe où Dieu les a mis, Des appuis en cas de faiblesse Et des aides pour la détresse :
Il faut se faire des amis,
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Je n’entends pas l’ami qui gruge Et vient chez vous chercher refuge ñ Seulement quand le coffre est plein ; “Es
J'entends cet ami véritable Qui vous fait asseoir à sa table Quand la vôtre n’a plus de pain,
Votre position est belle, #5 h
Vous êtes en haut de l'échelle; che
Mais peut-être qu’un jour, viendra Une terrible catastrophe, | Et j'ai peut-être en moi l’étoffe Le | De l'ami qui vous sauvera, Fou
Vous me devrez, avec la vie, Une gratitude infinie,
Je serez riche, Mais, pourtant, & La chose peut se faire attendre, Et j'aimerais à pouvoir prendre Un petit acompte à présent.
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Un sou, cinquante, à votre guise!
Et ne craignez pas qué je dise
Le chiffre, s’il est trop petit ; Donnez la pièce la plus mince ; Avec vous je serai bon prince :
Je vous ferai même crédit,
Et maintenant je vous souhaite, —Puisque ia mode est ainsi faite, — Tous les biens que vous désirez :
Aux mamans, un peu moins d’émplettes, Aux papas, de moins lourdes dettes, Aux enfants, des bonbons sucrés.