Les perce-neige; premières poésies
Dans les cieux que son orbe dore, Le soleil monte radieux ; Sous ses rayons on voit éclore Tout un monde mystérieux.
La nature s'éveille et chante Et s'emplit de tendres soupirs ; Partout la feuille frémissante S'ouvre aux caresses des zéphira.
La rose se penche, vermeille, Tout auprès du lis embaumé, Et, sur le trèfle blanc, l'abeille Tient puiser son miel parfumé.
Près de la source qui murmure Sur son lit de cailloux brunis, On entend dans chaque ramure Le doux gazouillement des nids.
C'est le printemps, c'est la jeuned»*, C'est le réveil de l'univers; C'est la mystérieuse ivresse Qui frémit sous les arbres verts :
Et, puisqu'ici bas tout s'enivre, •Les oiseaux, les feuilles, les fleurs, Enfants, vous qui vous sente£ vivre, A l'aUégresse ouvrez vos cœurs.
LA YIOLETTE
A Mme B. T.
Dans les prés verts où le ruisseau
Passe et mui'mure.
Tu mires au cristal de l'eau
Ta têt€ pure ; Petite fleur qu'un souffle suit,
— Si parfumée. — Par toi la brise de la nuit
E«t embaumée.
Lorsque l'étoile, à l'horizon,
Pâle s'allume, Sur ta corolle son rayon
Blanc se parfume ; Quand tu fuis les regards de tous,
Humble et discrète, Ton doux parfum, ô Violette,
Monte vers nous.
Le premier souffle du printemps
Te fait é clore.
Et l'hiver qui blanchit nos champs
Te voit encore ; Dans la mansarde, ô douce fleur,
A la souffrance Tu portes l'agréable odeur
Et l'espérance.
Quand nos larmes tombent sur toi,
Triste rosée, Tu consoles dans son émoi
L'âme brisée ; Lorsque ton calice fermé
Devient tout pâle, Ton dernier souffle qui s'exhale
Est parfumé.
A inSTE JEUNE FILLE
A Mlle A. P.
En mai, lorsque la brise douce Emaille les prés verts
Et berce dans leur lit de mousse Les bluet« entr'ouverta ;
Quand, au sommet de chaque branche,
Une petite fleur De sa fraîche corolle épanche
La suave senteur ;
L'âme murmure une prière Yers le Maître éternel
Qui laisse tomber sur la terre Un reflet de son ciel.
Puis, quand vient la chaude journée, La fleur au teint vermeil
Penche sa corolle fanée Sous les feux du soleil.
Enfin lorsqu'elle tombe et passe.
Nous bénissons encor Le Seigneur qui fait, à sa place,
Mûrir le beau fruit d'or.
Enfant, qui de la fleur nouvelle Reflètes la fraîcheur.
Bénis Dieu, puisqu'il te fit belle ; Mais, au fond de ton cœur,
(jrarde, mieux que la fleur brillante,
Ce précieux trésor, La bonté qui te fait charmante :
C'est là le vrai fruit d'or.